Actuel Marx   en Ligne

REIFICATION VERSUS ETHOS MODERNE
Conscience quotidienne chez Georg Lukács et Bolívar Echeverría

Stefan GANDLER
Universidad Autónoma de Querétaro
Facultad de Ciencias Políticas y Sociales
MEXICO

Actuel Marx en Ligne   n°26
( 3/11/2003)

 

Afin d'actualiser la théorie critique, il n'est pas nécessaire d'être plus bienveillant envers le capitalisme et ses côtés les plus obscurs, comme le proposent en fait Habermas, Honneth et leurs partisans, mais au contraire il faut déterminer les points où les auteurs de cette école sont restés prisonniers des préjugés ou des formes de perception appartenant à l'idéologie dominante - dont ils ont tant voulu s'échapper. À cette fin nous analysons un auteur qui travaille au Mexique, dont le projet consiste à enrichir une théorie critique non eurocentriste: Bolívar Echeverría. Ce qui nous intéresse dans cet essai est sa vision d'un des fondements théoriques de l'École de Francfort des années 30: le livre Histoire et conscience de classe de Georg Lukács. Echeverría prétend démontrer que les différentes formes qu'adopte la vie quotidienne, à savoir les conceptions existantes et la production de valeurs d'usage dans le cadre des rapports de production capitaliste, ne doivent pas être conçues comme stades d'un processus historique qui s'écoule de manière linéaire, mais qu'il y a plutôt diverses modernités capitalistes simultanées (même si l'une d'entre elles tend toujours à l'emporter sur les autres.) Afin de dépasser la conception superficielle de la progressivité historique, Echeverría recourt à Walter Benjamin et à ses Thèses de philosophie de l'histoire, dont il cite un passage comme épigraphe dans l'un de ses textes et applique explicitement son critère de "brosser l'histoire à rebrousse-poil". (Walter Benjamin) Il est remarquable que Echeverría propose ce "brossage à contre-poil" non seulement dans le sens de rompre avec le «continuum de l'histoire», ce qui pour Benjamin signifie surtout vaincre le dogme de Cronos, mais qu'il souhaite réaliser cette rupture avec l'apparent développement historique linéaire sous un autre angle. Il veut échapper à cette conception de l'histoire soutenue dans une vision linéaire, selon laquelle un développement historique commence à un point déterminé pour s'étendre lentement vers le reste du monde, de telle sorte qu'il y aurait toujours des régions plus évoluées que d'autres. Dit d'une autre manière: tandis que Benjamin veut brosser le continuum historique principalement à contre-poil du point de vue temporel (chronologique), Echeverría se propose de le faire dans le spatial (géographique) Ici le concept central est la notion des ethos modernes, que Echeverría classifie selon quatre types de base: ethos réaliste, classique, romantique et baroque. Avec cette conception il cherche à développer une critique de l'eurocentrisme (philosophique), même s'il ne l'exprime pas explicitement. Contrairement à Lukács, non seulement il se propose d'analyser les effets que le processus de production de marchandises provoque dans le processus de la connaissance en général, mais souhaite souligner les différences qui se manifestent selon les régions.

 

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