Tribune de discussion


Guillaume Bassaget

Pour une analyse marxiste de la politique de la famille : famille homosexuelle et politique sociétale

26/7/2005

(en contrepoint du n° 37 d' Actuel Marx, Critique de la famille)


En ces temps défensifs où le contrat social, la démocratie sociale, et l’ordre de la production publique sont remis au centre des exigences politiques marxistes comme objets à préserver et à raffermir face à la (re)contractualisation privée menée de façon forcenée par les politiques du serpent social-libéral[1], le débat français sur la famille homosexuelle pourrait sembler constituer un écran de fumée politicien, une stratégie symbolique comme une autre de la désormais habituelle politique-spectacle des partis de la gauche social-libérale pour ne pas avoir à se positionner de façon claire et programmatiquement coordonnée sur les sujets qui fâchent (et particulièrement bien sûr, en ces temps de campagne électorale européenne, sur les attaques néolibérale susceptibles d’être fortement et durablement implantées et affermies en Europe par le Cheval de Troie du projet de Constitution Giscard).

Faire de la politique de la famille, portée par l’actualité comme un exemplaire type de la politique sociétale (nous nommons ainsi l’ensemble des dispositifs politiques centrés sur l’intensification/tutellarisation des pouvoirs de la société civile, dispositif à double face dont nous chercherons à expliciter le fonctionnement et les soubassements politiques plus loin), un simple rideau de fumée, un voile d’Isis, ou un irréel mh on platonicien qui ne serait là que pour masquer, voilà qui serait bien pourtant selon nous une erreur majeure. Ce serait en effet dénier à ces politiques sociétales leur réalité institutionnelle forte, leurs effets idéologiques et matériels importants, et la vocation stratégique de premier ordre qu’elles recèlent dans le repositionnement politique de la gauche social-libérale et de son rapport bien spécifique à la société civile qu’il va s’agir pour nous de mettre au jour. Ce serait par là même nous priver de produire une analyse  pourtant nécessaire de ce que nous devons lui opposer sur le terrain où elle se place alors (celui qui est délimité de façon bien floue par ce concept de société civile, que nous empruntons pour l’instant faute de mieux). Laisser passer cette politique sociétale, menée par la gauche gestionnaire, pour une façade à contourner, voilà qui ne serait certes pas inhabituel pour nous, qui nous inscrivons explicitement dans une tradition marxiste n’ayant cessé d’opérer à ses frais de tels contournements. Avouons-le : il est désormais largement temps de commencer à nous réformer.

Nous pensons en effet, au contraire de toute une tradition d’orthodoxie qui, en pratique, s’est refusé le droit d’intervenir théoriquement et pratiquement sur ces sujets, que la politique de la famille, thème de recherche quasiment absent de la publication marxiste grand public[2], est un point nodal dans la disposition politique de la situation actuelle, que nous ne pouvons nous passer d’analyser. C’est en effet la politique sociétale de la famille qui assure, comme l’avait fort bien montré en son temps J. Donzelot dans La police des familles, la police globale requise par la reproduction capitaliste par un double jeu d’intensification/tutellarisation de la vie familiale. Et c’est encore aujourd’hui la quasi totalité de la gauche non radicale, associée plus ou moins directement au PS, qui recentre ses options politiques sur des projets sociétaux à double face d’intensification/tutellarisation de la société civile (nous expliciterons plus loin le sens de ce procès). Or cette même société civile, dont la famille constitue un des éléments, est aussi le point chaud de la réorganisaton politique, celui autour duquel se répartissent les différentes positions politiques réelles en fonction de la conception qu’elles se font de la réalité, de la part d’autonomie, de l’usage et du statut à fournir à une telle société civile.

Depuis la cinquantaine d’année de débats initiés par A. Gramsci sur ce qu’il faut entendre par « société civile », et sur ce que nous devons y distinguer et ne pas confondre en son sein, il est en effet naturel pour nous de considérer les institutions intermédiaires dans tout leur disparate (syndicats, familles, partis, associations, SCOOP, etc.) comme un angle sinon mort du moins bien flou de la perspective marxiste orthodoxe en même temps que (en pratique) le nouveau point d’appui politique des recherches d’alternatives économiques. Terrain non négligeable donc, pour ne pas dire aujourd’hui absolument premier, d’une analyse politique marxiste se voulant concrètement efficace. En effet c’est aujourd’hui au niveau de ces mêmes formes intermédiaires (échappant autant au contrat public qu’au contrat privé-marchand) que l’on prétendra dessiner les nouvelles formes modernes d’alternatives économiques (dans un champ spécifique que nous appellerons NAE / nouvelles alternatives économiques / désignant ainsi l’économie associative et coopérative parfois appellée sociale ou solidaire) extérieures aussi bien à la domination capitaliste du marché qu’à la domination bureaucratique du plan, de par l’articulation juridique coopérative (contrat associatif) de ses rapports de production. L’analyse politique, de type marxiste, d’une institution intermédiaire comme la famille et de la politique sociétale qui s’y investit aujourd’hui, pourrait ainsi nous servir d’analogon à l’analyse politique d’autres institutions intermédiaires, et en particulier des formes de la NAE, en dégageant les conditions politiques spécifiques en fonction desquelles elles peuvent être considérées aussi bien comme des formes d’alternatives réelles ou bien comme des formes philanthropiques de police sociale du capitalisme, suivant l’ordre politique global variable dans lequel elles s’inscrivent.

Nous supposerons ici en effet que ce point de flottement de la théorisation marxiste concernant la « société civile » en général et la famille en particulier, revient pour une part au moins (celle précisément qui concerne l’appareil intermédiaire de la famille) à l’occultation des rapports biopolitiques et philanthropiques engagés par la politique capitaliste au tournant de la modernité et utilisant -en le détournant de son sens originaire pour lui imprimer une nouvelle fonction- l’appareil familial issu de l’Ancien Régime. C’est en ce sens que nous chercherons à produire une position politique claire concernant le rapport que nous nous devons d’avoir à la société civile en général, à la famille plus précisément, et à la famille homosexuelle en particulier, sur la base d’une analyse de la situation politique de la famille, background de la revendication actuelle de la famille homosexuelle. Nous en tirerons les conclusions sur la politique sociétale en général, à laquelle nous opposerons une politique de la société civile (ou politique civile).

 

La revendication homosexuelle du droit à la famille propriétaire : du côté de la Loi

 

Afin d’évaluer la revendication sociétale d’un droit à la famille des homosexuels, nous devons nous pencher sur la mécanique familiale objet de la revendication. Une première approche consisterait alors à voir dans celle-ci un modèle privé de transmission patrimoniale à double vecteur, horizontal (alliance et communauté des biens) et vertical (filiation et transmission du patrimoine). Nous allons donc d’abord étudier ce cas d’une revendication homosexuelle portant sur le droit à la famille au sens propriétaire.

La famille, quelle qu’en soit la forme, n’est pas en effet une organisation publique. C’est sans doute la première évidence. C’est une organisation privée de la descendance, qui se règle traditionnellement sur une double direction : l’alliance et la filiation. On ne cherchera pas ici à naturaliser ces liaisons, ni même à voir un lien structurel entre ces deux principes de liaisons : leurs modulations et variations sont en effet trop visibles pour en donner une quelconque interprétation « structuraliste », et il ne semble pas non plus possible de produire de dérivation pertinente de l’un à l’autre en général. En revanche il est possible d’étudier leur articulation particulière dans notre propre tradition d’organisation familiale, essentiellement liée à la domination masculine entendue comme pouvoir propriétaire masculin. L’alliance, qui se lit en creux comme principe d’exogamie ou interdit de l’inceste, n’est en rien un produit de cet interdit, qui en est au contraire le simple négatif. Elle consiste bien plutôt, dans le cadre où les femmes sont principe de l’enfantement et objet d’échange pour le pouvoir masculin, en une organisation échangiste de la fécondité féminine pour les hommes, qui sauvegarde la filiation masculine et, par elle, la transmission privée du patrimoine masculin dont la filiation n’est ici que la forme. Le primat traditionnel de la filiation masculine dans nos sociétés est donc posé sur l’alliance hétérosexuelle qu’il appelle, et qui n’en est que le moyen adéquat de réalisation par l’échange des femmes pour les hommes[3]. La structure bidirectionnelle de la famille traditionnelle (alliance/filiation) n’a ainsi pour autre fonction traditionnelle que celle de transmission du patrimoine (propriété) masculin, et donc du pouvoir social qui lui est lié. Le « dème » athénien et son mode de reproduction spécifique pourrait ici, par un décentrement historique du regard, nous fournir un paradigme pour l’analyse, déjà fort approfondie par Aristote dans les Politiques I, 2[4] : le pouvoir social des propriétaires, lié au rapport d’exploitation qu’ils entretiennent avec la force de travail (ici les esclaves), et la forme famille propre à cette même classe propriétaire (ici le dème athénien), sont manifestement deux rapports indissolubles auxquels il faudrait d’ailleurs ajouter un troisième rapport : la guerre inter-cités. Car la structure de pouvoir, d’exploitation et de domination sociale entre propriétaires et esclaves n’existe qu’à se donner un mode de reproduction à double entrée. La reproduction de la classe propriétaire d’une part, qui s’organise comme « famille » (transmission-conservation du patrimoine masculin dans le dème), la reproduction de la force de travail esclave d’autre part, qui s’organise comme appropriation guerrière chronique[5] ( la guerre inter-cité ayant pour finalité explicite la capture de la force de travail esclave, c’est-à-dire la capture-conversion des populations ennemies en esclaves).

Pourquoi néanmoins une telle transmission ? Quel intérêt le père, qui est d’abord exploiteur de la force de travail esclave et détenteur en conséquence d’un pouvoir social, trouve-t-il ici à se donner un fils ? Nous reviendrons plus loin sur cette question. Reste que la maîtrise masculine sur la fécondité féminine, et la « domination masculine » qui la sous-tend (nous reprenons bien sûr ici le concept bourdieusien développé dans La domination masculine), sont les effets requis par la constitution du pôle de pouvoir patrimonial masculin en tant qu’il tend à se donner une filiation et requiert donc la soumission de la femme-qui-enfante. La ligne Père/Fils n’est alors qu’une fonction réciproque de ce pôle de pouvoir patrimonial, puiqu’elle se conçoit sur un mode circulaire ou réciproque et non pas, comme on tendrait aujourd’hui peut-être à le voir, sur un modèle linéaire productif et entropique où le second n’aurait pas de compte à rendre au premier. Le pôle de pouvoir paternel est en effet intéressé à la réciprocité générationnelle : le père a intérêt à « se faire » un fils (descendant pour la conservation du patrimoine) et par conséquent à se rendre père, pour protéger sa propriété et prolonger sa domination, comme le fils à intérêt à « respecter » le père pour en prendre le rôle profitable. Il s’agit donc en son fond d’une stratégie de pouvoir plus simple qu’on ne veut bien le dire : stratégie de conservation d’un patrimoine et d’une domination sociale (puisque la domination sociale est liée à cette propriété patrimoniale), conservation d’un pouvoir.

Certes nos familles modernes n’impliquent pas nécessairement la transmission patrimoniale au sens de la propriété terrienne, masculine et esclavagiste... Mais la famille bourgeoise en revanche a bien pour objet premier la transmission de la propriété des biens de production et donc la conservation-reproduction du pouvoir au sein du rapport d’exploitation et de domination de la force de travail, bien que le rapport soit alors bien sûr un rapport salarial et non plus esclavagiste. La différence majeure est que la domination masculine n’est plus alors juridiquement légale. La possibilité strictement juridique  est donc réouverte de régimes familaux bourgeois de type matrilinéaire… ou homosexuel suivant l’organisation libérale de la propriété privée qui sera autorisée. Néanmoins, il est aussi bien évident qu’il n’existe pas aujourd’hui de famille que « bourgeoise »… Bien sûr. Il n’en reste pas moins que la communauté des biens entre époux (mais aussi la fonction de transmission à la descendance, même si le débat politique concernant la famille homosexuelle fait encore l’impasse sur la question de la descendance) est aujourd’hui le point clef de la revendication homosexuelle, qui porte donc essentiellement sur la possibilité de former famille au sens de la famille propriétaire. Les formes de propriété changent, et il peut s’agir uniquement de propriété de biens de consommation ou de petite propriété n’engageant aucune exploitation (dans les familles de classes ouvrières par exemple) : mais il s’agit toujours de conservation, partage et transmission de propriété, dans le double sens alliance/filiation.

A cette lumière, la question peut donc être formulée de la sorte : pourquoi protéger l’ordre social actuel des propriétaires d’une éventuelle propriété privée des biens par appropriation familiale homosexuelle, alors même que l’ordre en question se réclame d’une juridiction libérale qui n’implique plus l’inscription légale de la domination masculine dans ses prérequis ? Une réponse vient immédiatement à l’esprit : si la fonction patrimoniale dépend de la descendance, la famille homosexuelle peut se contenter de l’alliance (communauté des biens) mais en viendra sans doute à demander la possibilité d’une descendance (avec transmission de patrimoine) dont l’alliance hétérosexuelle était le moyen « naturel » dans un cadre de domination masculine où seule la femme objet d’échange pouvait produire une descendance à l’homme propriétaire. C’est dans ce cas là, où la famille homosexuelle viendrait heurter l’union hétérosexuelle de l’alliance « naturelle » et de la domination masculine, qu’une dérégulation sociale interviendrait selon nos critiques.

Ecartons tout de suite un premier faux problème : aucun blocage ne peut exister concernant l’existence d’une descendance de parents homosexuels, ou concernant la filiation en régime homosexuel. Techniquement comme socialement en effet, l’articulation traditionnelle femme-parent-enfant qui identifie la femme génitrice et la femme mère est tout à fait superficielle[6], et l’adoption n’est pas un cas d’anormalité. Socialement et psychologiquement la différence est bien nette entre géniteurs et parents : en aucun cas il ne peut être considéré qu’un géniteur doive être un parent. Passons alors aux choses sérieuses : les images parentales, nous dira-t-on, causeraient des désorganisations psychologiques pour l’enfant. C’est tout simplement faux : on sait déjà que les enfants adoptés de famille homosexuelles (aux Pays-Bas par exemple) ne sont en rien différents des autres[7]. Mais poussons jusqu’au bout la frayeur refoulée de nos critiques : ce qui leur fait peur est la possibilité d’une reproduction homosexuelle généralisée. La possibilité que ces enfants de femmes homosexuelles deviennent eux-mêmes homosexuels. Soit : et alors, leur répondra-t-on ? Imaginons cette société de couples homosexuels à descendance homosexuelle, où sera le problème ? Insémination artificielle, mères porteuses, tout est déjà techniquement contrôlé pour une telle possibilité, bien que celle-ci soit purement mythique en réalité (l’orientation sexuelle ne dépendant pas des images parentales). De plus et comme on l’a déjà dit il est totalement fictif de vouloir identifier le rôle parental « mère » comme indispensable au prétexte qu’il serait identique à la nécessité naturelle d’une génitrice. Car génitrice et mère sont deux choses bien distinctes, et la maternité n’a de sens que relativement à nos cadres bien spécifiques d’organisation familiale traditionnelle.

Deux réponses différentes semblent donc admissibles dans une perspective marxiste concernant la famille propriétaire homosexuelle ici objet d’analyse : du point de vue de la famille traditionnelle propriétaire, ni les éventuelles contraintes techniques, ni les éventuelles contraintes de reproduction sociale ne mettent en cause la possibilité d’une famille homosexuelle, sûrement pas au niveau de l’alliance, mais –allons plus loin- pas même au niveau de la filiation. Si donc nous acceptons la famille traditionnelle, rien ne nous porte à refuser la possibilité de familles homosexuelles. La revendication homosexuelle au droit à la famille peut alors apparaître comme un combat pour des normes sociales plus « libérales », plus « souples », moins « contraignantes », bref pour une libération des mœurs dont nous devrions porter les couleurs au nom de la libéralisation de la propriété privée (le fameux « côté révolutionnaire » du capitalisme, libéral et universaliste face aux divers archaїsmes, dont parlait Marx dans le Manifeste du parti communiste), et permettant donc une propriété privée familialement organisée et reproduite aussi pour les homosexuels, contre l’illégalité (au point de vue libéral) d’une organisation familiale de la propriété privée à domination masculine exclusive. Il s’agirait autrement dit d’une affaire interne à la classe bourgeoise et à sa police interne des mœurs : les homosexuels aussi ont droit à la propriété privée et à la domination bourgeoise ! Si en revanche, point qui jusqu’ici n’a pas été évoqué, nous pensons que la production et l’éducation des enfants ne relève pas de la famille en ce sens (famille propriétaire) mais de l’ordre public direct, alors nous devons rejeter et l’organisation familiale propriétaire hétérosexuelle (à domination masculine) et l’organisation familiale propriétaire étendue aux homosexuels (d’appui libéral), au nom de l’abolition de la propriété privée et des structures juridiques qui lui sont liées.

 

La revendication homosexuelle du droit à la famille populaire : du côté de la Norme

 

Cependant une troisième option est possible. La famille populaire moderne revendiquée par certains homosexuels comme un droit ne semble en effet pouvoir être ramenée stricto sensu au modèle patrimonial de la famille, qui est essentiellement un modèle porté aujourd’hui par la bourgeoisie (même si comme on l’a dit la propriété privée qui s’y consolide n’est pas nécessairement de type capitaliste). Or le sens et la fonction de la famille se sont modifiés au tournant de la modernité marchande, en sorte qu’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une revendication d’un autre type que propriétaire qui s’énonce dans la bouche de nos homosexuels contestataires. La famille bourgeoise s’est constituée par un resserrement tactique de ses membres visant à refouler à contrôler un ennemi de l’intérieur, les domestiques. Par cette cohésion, elle se donne un surcroît de pouvoir qui l’exhausse socialement et lui permet de se retourner sur le champ social avec une force accrue pour y exercer contrôles et patronages divers. La famille populaire, elle, se forge à partir d’un rabattement de chacun de ses membres sur les autres dans une relation circulaire de surveillance contre les tentations de l’extérieur, le cabaret, la rue[8]. Afin de formuler notre position concernant la revendication populaire à la famille homosexuelle, il nous faut toutefois approfondir l’analyse, et dépasser en particulier le point de vue de la Loi en nous orientant  vers une réflexion sur la Norme. En effet, la revendication des homosexuels à entrer dans les normes, à s’organiser en famille, à gagner le « droit à la famille » ne peut être considérée à la légère et trop hâtivement comme une libération. L’association traditionnelle du pouvoir à la répression, donc de la libéralisation à la libération, est ici trompeuse : car le pouvoir est tout aussi présent dans le processus de la normalisation familiale (libérale)[9].

La famille moderne en effet se distingue nettement de l’appareil familial sorti de l’Ancien Régime, dont elle est en quelque sorte une « ré-orientation » différenciée. Pour en produire une analyse rapide, rappellons ce qu’écrivait J. Donzelot dans La police des familles (dorénavant PF). Il y analysait admirablement l’articulation moderne société/famille comme une circularité à dominante sociale et fonctionnalité privée, et à ajustement sociétal (ensemble des activités déployées par les « techniciens sociaux » de la relation, de l’adaptation, et de la psycho-pédagogie, qui constitue l’espace de flottement et d’ajustement entre le pôle familial et le pôle social). Le problème politique moderne (capitaliste) consistait en effet dans le besoin de gérer/organiser la population pour les besoins du marché du travail et de la reproduction régulière de la force de travail[10], sans pour autant qu’intervienne et se mette en place de forme de gestion publique directe, qui aurait impliqué une entrave étatique et sociale aux libertés privées. Donc d’un côté assurer la « police sociale », de l’autre aliéner la gestion éducative directe aux instances et personnes privées, dont la famille. La solution adoptée pour résoudre cette contradiction fût une colonisation de l’ancienne famille privée par le pouvoir public, en un sens bien précis d’intensification/tutellarisation de sa vie interne.

L’opération est la suivante : les institutions politiques renvoient d’un côté la charge de la police sociale à la famille comme institution privée seule compétente en la matière, mais d’un autre côté n’y renvoie jamais qu’au prix d’une perte d’autonomie de celle-ci au profit des institutions judiciaires et sociétales publiques, c’est-à-dire sous condition qu’elle réalise la discipline, normalisation ou police sociale visée par cette opération. D’un côté donc, un semblant de renforcement de la famille par intensification (éducative) de sa vie interne privée, de l’autre néanmoins, une mise sous tutelle de la famille (assistance sociale et technique) « au cas où », par fonctionnalisation (sociale) et hétéronomie. Ce double exercice voue une catégorie sociale nouvelle à la domination symbolique : les techniciens socio-psychologiques, dont la tâche bien précise est de conserver le cadre de famille et d’y intensifier la problématisation des enfants, tout en y intervenant de sorte qu’elle se déleste de ses anciens pouvoirs (sur la destination sociale des enfants) au profit de l’adaptation sociale. La famille psychanalysée type est un processus privé fini d’intégration de l’enfant aux normes (images) sociales par fonctionnalisation sociale des images familiales privées.

En un sens on pourrait aller jusqu’à dire que la réduction de la marge d’autonomie de la famille et donc sa « crise » est socialement construite pour l’intervention sur la famille de l’ensemble des techniciens socio-psychologiques fonctionnant comme des opérateurs de la police sociale dont ils assurent l’efficacité au travers de l’outil familial qu’ils manipulent de l’extérieur, police sociale efficace donc, mais médiatisée grâce à ces techniciens par l’appareil familial dont le dysfonctionnement socialement organisé justifie leur présence et leur intervention. La « crise de la famille » et sa « solution psy » relèvent en ce sens d’un seul et même événement (PF, p. 197-198) : il s’agit en fait de l’articulation philanthropique et biopolitique de la police sociale (impliquée par l’ordre gestionnaire du capitalisme) à la forme privée de la famille, qui seule peut s’attacher à son exécution sans entraver les libertés privées par une gestion publique directe. La technique socio-psychologique semble précisément avoir cette fonction liée de mise en flottaison du désir de l’enfant entre privé (en-famille) et public (hors-famille), images (désirs) familiales et images (désirs) sociales, avec intensification et fonctionnalisation des premiers pour les seconds en sorte que l’enfant entre dans la circularité réglée de ces deux pôles et ne soit plus ni ce « tourmenté du dedans » ni cet « égaré du dehors ».

J. Donzelot montre en ce sens avec force (PF, p. 205) comment l’intensification psychologique de la vie interne de la famille couplée à la réduction de sa marge d’autonomie produit 1° des psychotiques dans les familles qui résistent à l’intrusion sociale (le redoublement psychologique des liens familiaux alors requis par la famille pour se conserver comme entité malgré sa perte d’autonomie conduit en effet à la forclusion du principe de réalité), et 2° des névrosés pour les familles qui n’y résistent pas (la famille devenue simple appareil de domination dans le continuum disciplinaire de la société, l’enfant n’a plus de choix libérateur que celui de la répulsion et de la vie en marge de la famille). C’est bien là qu’interviennent de façon légitimée les techniciens du social et leur travail socio-psychologique d’ajustement du familial et du social : à l’analyse du « dysfonctionnement relationnel » dans la famille (produisant la « pathologie » de l’enfant) suivra la technique psychanalytique libérant la possibilité de flottement du désir de l’enfant entre famille et social, et à cette dernière succèdera chez l’enfant l’adaptation des images (désirs) à la réalité sociale par les voies familiales fonctionnalisées.

Néanmoins l’ajustement, par essence, a ses ratés. Là où il y a pouvoir, et norme, il y a résistance, interprétée comme perversion : c’est ainsi qu’au Don Juan maudit par l’ancien ordre familial succède un nouvel impie, démon de l’ordre sociétal et signe de ses ratés.

Dans les limbes du nouvel ordre qui se dessine, la succession de Don Juan semble être prise par un personnage qui n’a pas encore trouvé ses lettres de noblesse, bien qu’il soit déjà repéré comme l’ennemi principal. Ce serait l’homosexuel « latent », cet individu qui jamais ne se résout à la norme sociale de complémentarité conjugale, fabricateur de couples gémellaires, et d’enfants « à histoires » (PF, p. 208).

Depuis ce nouveau point de vue nous pouvons donc revenirs à nos « homosexuels patents », formuler quelques règles d’équivalence et produire une position politique claire concernant la famille homosexuelle : la familialisation de l’homosexualité (revendiquée aujourd’hui par beaucoup d’homosexuels comme un droit) nous apparaît en réalité comme une procédure de contrôle (sociétal) des homosexuels, c’est-à-dire de fonctionnalisation du désir homosexuel en sorte qu’il s’ajuste à la police sociale de gestion des populations par la puissance marchande et capitaliste. Par là même, au prétexte d’une libération, cette revendication à la familialisation des homosexuels nous apparaît comme une forme de revendication de la servitude, qui conduirait la famille homosexuelle à intensifier sous tutelle étatique sa vie interne tout en la subordonnant aux impératifs sociaux de police des populations. Loin de nous opposer à la familialisation homosexuelle par repli sur un modèle de famille traditionnel (hétérosexuel), nous nous opposons donc à la familialisation homosexuelle au nom de la résistance des singularités à la police sociale de gestion capitaliste et biopolitique des populations.

 

Pour ouvrir le débat : politique sociétale de la famille et… politique civile de la famille ?

 

A partir de cette analyse, nous voudrions enfin proposer un certain nombre de positions politiques concernant l’articulation de la politique centrale à la société civile, dont la famille nous fournit ici un analogon pour d’autres éléments bien différents encore mais eux aussi listés dans ces « institutions intermédiaires » constitutives de la « société civile ».

Nous définirons tout d’abord comme politique sociétale le dispositif politique dont l’extension maximale (jusqu’aux homosexuels depuis maintenant déjà quelque temps, et pas seulement concernant le droit à la famille) est aujourd’hui en faveur dans la mouvance PS, et consistant à rapporter le pouvoir politique central à la société civile en organisant ses différents secteurs privés sur le mode de l’intensification/tutellarisation (sous domination de techniciens d’ajustement des deux pôles privé/social)[11]. Nous prétendons que la politique sociétale utilise par essence la société civile en détournant (sous prétexte de le renforcer et de le soutenir) son mode de coordination associatif en mode d’exécution formellement associatif d’une politique en dernière analyse publique. Le bénéfice politique de la réorganisation de la gauche social-libérale autour d’opérations sociétales comme celle de la familialisation des homosexuels est par conséquent à trouver dans cette subordination qu’elle permet d’opérer de la société civile au pouvoir central, lui-même consacré par essence à la gestion et à la régulation sociale des formes de domination hégémoniques dans la société (à savoir pour ce qui nous concerne les formes capitalistes)[12]. Cette réorganisation politique permet en même temps à cette gauche gestionnaire d’éluder la division de classes en la masquant sous les oppositions sectorielles de la société civile, tout en imposant l’impression de libérer les divers secteurs de cette société civile en leur permettant d’acquérir des droits égaux. C’est d’ailleurs pourquoi le « rejet des discriminations » en est devenu le mot d’ordre quasi exclusif. En témoigne l’extension actuelle de la politique sociétale de la famille à ce « secteur » de société civile que sont les homosexuels. A la société sans classe il s’agit pour elle de substituer l’idéal universaliste d’une égalité des droits pour tous les secteurs de la société civile. Belle idée, qui lui permet d’embrigader tout un public électoral tout en abandonnant la lutte de classes, mais à laquelle une précision manque encore, dont nous avons pu faire l’analyse dans le cas de la famille revendiquée comme droit par les homosexuels (à égalité des autres) : c’est qu’il s’agit des droits sociaux par lesquels sont juridiquement structurés les secteurs de la société civile en sorte qu’ils obéissent à la régulation ou police sociale propre à l’hégémonie capitaliste.

A cette politique sociétale, qui réalise un bénéfice symbolique pour ses sujets (gain et égalité de droits sociaux) et donc un bénéfice électoral pour la gauche gestionnaire au prix d’une occultation des structures réelles de la domination sociale et au prix de la destruction réelle de la liberté singulière (incarcération de la société civile dans les structures juridiques de la police sociale), nous proposons par conséquent d’opposer dans la perspective clairement anticapitaliste et ultradémocratique qui est la nôtre une politique civile : celle-ci n’est pas police de (génitif objectif) la société civile, mais politique de (génitif subjectif) la société civile en ses multiples composantes. Conformément aux propositions émanant désormais de façon nette de la gauche alternative et citoyenne[13], nous nous représenterons hâtivement cette démocratie (de la société) civile comme présence, intervention, irruption et pouvoir constituants de la société civile dans les institutions du pouvoir central constitué[14]. Bien sûr, à ce point, le schématisme règne, la métaphore inquiète, l’imprécision déçoit. C’est précisément pourquoi nous souhaitons (ré)engager après bien d’autres et avec le plus grand nombre le travail théorique qui permettrait de préciser les formes d’une telle présence politique civile alternative au recentrement sociétal de la gauche social-libérale et gestionnaire. Qu’y deviendrait alors la famille ? Son existence est-elle d’ailleurs requise ? Et si oui, alors quelle forme famille nécessairement nouvelle pourrait être à construire sur la base d’un abandon de la tutellarisation sociale ? J’oserai espérer que cet ordre des questions soit singulier, et en un sens privé, aussi singulier que les réponses civiles qu’il appelle.



[1]  La politique économique est en effet comparable dans tous les pays européens pris dans cet espace de gestion, quelle que soit la position précise du curseur gouvernemental entre les deux pôles de ce serpent politique, à savoir le néolibéralisme dérégulateur à sa droite et le social-libéralisme gestionnaire à sa gauche : sur ce point nous renvoyons au tract initialement diffusé par la revue allemande Sozialismus, puis publié en français dans la revue Inprecor (sous la responsabilité du BE de la 4°Internationale), n°492-493, p. 12-14.

[2] Quasi-absence qui tient sans doute à ce que l’analyse de l’objet-famille touche à une forme contrat qui n’est ni privée au sens du contrat privé-marchand ni encore moins publique, et par conséquent à une institution sociale qui, n’en déplaise à la théorie fort problématique des « appareils idéologiques d’Etat » développée en son temps par L. Althusser (« Idéologie et appareils idéologiques d’Etat » réédité dans Sur la reproduction, PUF, 1995), semble échapper à la bipolarité privé/public interprétée en bipolarité marché/plan qui fonde la tradition marxiste de façon matricielle jusque dans la conception de ses projets et programmes, et jusque dans ses errements politiques quant à ses rapports à la « société civile ».

[3] « Tout le malheur des femmes venant de ce que les hommes ne peuvent faire leurs fils eux-mêmes » dira Françoise Héritier (conférence donnée à Espaces Marx, 12 juin 2003). On remarquera que la formulation est parfaitement réversible, et qu’elle vaut donc aussi bien pour des sociétés d’organisations matriarcales…

[4] « Ainsi, il est nécessaire tout d’abord que s’unissent les êtres qui ne peuvent exister l’un sans l’autre, par exemple la femme et l’homme en vue de la procréation (et il ne s’agit pas d’un choix réfléchi, mais comme aussi pour les autres animaux et les plantes d’une tendance naturelle à laisser après soi un autre semblable à soi) ; et celui qui commande et celui qui est commandé, et ce par nature, en vue de leur mutuelle sauvegarde. En effet, être capable de prévoir par la pensée c’est être par nature apte à commander c’est-à-dire être maître par nature, alors qu’être capable d’exécuter physiquement ces tâches c’est être destiné à être commandé c’est-à-dire être esclave par nature. C’est pourquoi la même chose est avantageuse à un maître et à un esclave (…). Ces deux communautés constituent la famille première. » (Aristote, Politiques, I, 2)

[5] Sur ce point nous renvoyons aux travaux extrêmement éclairants d’Y. Garlan dans Guerre et économie en Grèce antique (La Découverte, 1994), qui montre admirablement cette mécanique de reproduction sociale de la force de travail esclave (sans famille ni reproduction sexuée bien sûr) au fondement de la guerre chronique inter-cités grecques, les cités étant en ce sens interdépendantes puisque s’échangeant par ce biais guerrier (la conversion guerrier/esclave) la force de travail requise convertie en esclave à partir des prisonniers de guerre des autres cités.

[6]  Sur un plan socio-ethnologique, on renverra à Claude Meillassoux, Mythes et limites de l’anthropologie. Le sang et les mots (Edition Page Deux, 2003), qui montre comment les figures parentales auxquelle nous sommes habituées (père, mère, cousins, etc.) sont des constructions culturelles historiquement et géographiquement spécifiques, ingénéralisables et dont on ne saurait opérer la naturalisation.

[7]  L’ineffable psychanalyste J.P. Winter, interrogé sur ce point lors d’une émission télédiffusée le 6 juin 2004 sur Arte, et poussé dans ses retranchements par de tels récits concrets des cas parfaitement « normaux » d’enfants de parents homosexuels, en est venu jusqu’à dire « oui, mais les enfants de parents homosexuels n’ont pas pour autant moins de problèmes que les enfants de parents hétérosexuels »… On appréciera le comique de cette supposée argumentation en vue du refus dogmatique de la famille homosexuelle.

[8] Le passage en italique constitue une citation in extenso extraite de Jacques Donzelot, La police des familles, Ed. de Minuit, 1977, p. 46.

[9] On reconnaîtra bien sûr ici la thématique propre à de multiples travaux de Michel Foucault, portant sur le renversement moderne de notre régime de pouvoir, du modèle Souveraineté/Loi/Répression au modèle Discipline/Contrat/Normalisation, renversement analysé dans Surveiller et punir (Gallimard, 1975) puis dans La volonté de savoir (Gallimard, 1976).

[10] Il s’agit là de ce qu’il est convenu d’appeler la « police sociale » : « La police a pour but d’assurer le bonheur de l’Etat par la sagesse de ses réglements et d’augmenter ses forces et sa puissance autant qu’il en est capable. La science de la police consiste donc à régler toutes choses relativement à l’tat présent de la société, à l’affermir, à l’améliorer et à faire en sorte que tout concourt au bonheur des membres qui le composent. Elle vise à faire servir tout ce qui compose l’Etat à l’affermissement et à l’accroissement de sa puissance, de même qu’au bonheur public » (Von Justi, Eléments généraux de police, 1768). Sur le lien historiquement intrinsèque de cette police sociale à la gestion reproductrice de la force de travail sous les exigences capitaliste, nous renvoyons tout à la fois à K. Marx, Le Capital, section 4 (sur les formes de « discipline » dont l’inculcation à la force de travail est impliquée par la production capitaliste, et sur les « règlementations » sociales au rôle bien paradoxal de préservation et gestion de la force de travail pour son usage) et à M. Foucault, Surveiller et punir, 1975 (Gallimard, réed. 2001, p. 206), qui articule sous l’égide du concept de « discipline » la police sociale aux nécessités de gestion capitaliste de la force de travail, et justifie historiquement cette articulation jusqu’à l’émergence du concept de « biopouvoir » (La volonté de savoir, 1976, Gallimard, réed. 2001) requis pour penser en ce sens un ensemble de phénomènes précis liés à la gestion sociale de la population (natalité, conservation, qualité, disponibilité sociale).

[11] Qu’on pense, par exemple, à la promotion que cherchait à opérer le gouvernement Jospin des « concertations » (par exemple syndicats de salariés et syndicats patronaux lors de conflits économiques, mais aussi toute une constellation d’organisations sectorielles associées aux politiques publiques lorsqu’elles concernaient leurs membres, Aids pour la politique de la santé et d’hygiène sexuelle, SOS Racisme pour la politique anti-discriminations, etc.), à la fois intensifiant la vie de ces organisations civiles mises sur le devant de la scène, et néanmoins ne cessant de mettre sous tutelle ces mêmes organisations en sorte qu’elles ne pouvaient jamais agir que dans des cadres politiques précis désactivant tout efficace possible de leur part en-dehors de la légitimation de la politique menée au niveau public. Ce primat de la tutelle s’est bien manifesté par exemple lorsqu’est apparue l’impossibilité matérielle pour les syndicats enseignants concertés, comme le SNES-FSU, de s’opposer dans le cadre de ladite concertation aux politiques de l’éducation menées par C. Allègre

[12]  Qu’on pense à la formidable tutellarisation des NAE que pourrait en ce sens exécuter un gouvernement social-libéral, au prétexte de les libérer et de libérer les alternatives de l’économie solidaire mais en les mettant en réalité sous la tutelle d’un pouvoir public subordonné aux impératifs de la police sociale capitaliste. Il est en effet évident que l’économie solidaire ne peut devenir dominante face à la concurrence capitaliste, et sert, lorsqu’elle est étatiquement assistée, de compendium marginal à la domination marchande. Tiers-secteur où serait canalisé l’afflux des exclus sociaux et réorientée leur énergie contestataire sans que jamais ne soit menacé le pouvoir capitaliste, l’ensemble de la production de forme coopérative ne serait plus que forme et masque d’un fonctionnement d’exploitation capitaliste indirect du fait de la concurrence de la grande distribution, l’assistance publique ne servant qu’à réguler l’état de fait en promouvant ce tiers-secteur sans lui donner les moyens de dominer le capitalisme mais seulement de se laisser indirectement coloniser par lui.

[13] Nous renvoyons en particulier aux débats internes qui ont lieu de façon particulièrement intensive dans les différents réseaux liés de près ou de loin à l’ Alternative citoyenne (dont la composante principale revient à l’Ile de France), ensemble de réseaux qui est actuellement en cours de coordination nationale, et qui propose unitairement la présence effective dans les institutions politiques des organisations syndicales et sociales dites de la « société civile », à titre associatif, plutôt que la délégation (aujourd’hui de règle) à des seuls citoyens privés.

[14] On reconnaître dans cette thématique ultradémocrate du « pouvoir constituant » la référence implicite à T. Negri, Le pouvoir constituant (PUF, 1997), et dans son opposition à la police sociale ou sociétale (instaurant les droits égaux suivant une juste et universelle répartition des parts) une possible liaison de notre discours avec celui de J. Rancière, La mésentente, Galilée, 1995.