Congrès Marx international VI
22 au 25 Septembre 20
10
CRISES, REVOLTES, UTOPIES

SECTION : ETUDES FEMINISTES

ActuelMarx@u-paris10.fr.

Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Bâtiment L, salle 311


MOUVEMENT SOCIAL DU 23 SEPTEMBRE 2010 : DECLARATION

Thursday, September 23 will be a day of strikes and demonstrations in France


Liste de tous les intervenants
Liste de tous les intervenants de la section Etudes féministes

Atelier 1. Jeudi 23 septembre 2010, 10h-12h, salle 311
Les lois du genre
Atelier 2. Jeudi 23 septembre 2010, 14h-16h, salle 311
La perspective féministe : un enjeu des études genre
Atelier 3. Jeudi 23 septembre 2010, 16h-18h, salle 311
Emploi, le genre du risque et les risques du genre
Atelier 4. Vendredi 24 septembre 2010, 14h-16h, salle 311
Domestiques d'ici et d'ailleurs
Atelier 5. Vendredi 24 septembre 2010, 16h-18h, salle 311
Discussion ouverte autour du projet Brecha Lésbica et autres projets féministes, lesbiens, antiracistes et matérialistes

 [Nouvelles Questions Féministes]  [Travail, Genre et Sociétés] [Brecha Lésbica]


NOUVELLES QUESTIONS FEMINISTES

Secrétarat : Marie-Eve Tschumi : nqf@unil.ch
Directrices : Patricia Roux : Patricia.Roux@iscm.unil.ch 
                   Christine Delphy christine.delphy@gmail.com  

Atelier 1. Jeudi 23 septembre 2010, 10h-12h, salle 311. Les lois du genre

Organisation : DEBAUCHE Alice, alice.debauche@ined.fr, doctorante en sociologie, Sciences-Po-INED, REVILLARD Anne, anne.revillard@gmail.com, Université Paris 13, CERAL

Dans le prolongement des deux numéros de Nouvelles questions féministes récemment consacrés aux « Lois du genre », cet atelier explorera les relations entre genre et droit : comment le droit participe-t-il à la reproduction des rapports de genre ? Sous quelles conditions peut-il, inversement, être utilisé comme levier d’action féministe, et avec quels effets ? Les trois communications réunies dans cet atelier proposent trois regards complémentaires sur la question. Le témoignage d’Annie Junter sur son expérience de juriste féministe dans l’université française permet de souligner les difficultés d’une parole féministe en droit, tout en mettant en lumière les conditions particulières d’émergence d’un tel discours critique. Anne-Marie Devreux illustre ensuite à partir de plusieurs exemples (retraites, autorité parentale) comment le champ juridique peut se trouver investi par des hommes cherchant à retourner les politiques d’égalité des sexes à leur profit. Enfin, Jane Freedman s’intéresse aux tentatives de transformer le droit d’asile dans un sens féministe, en retraçant les mobilisations autour de cet enjeu aux niveaux international et national. La comparaison des cas britannique et français lui permet d’identifier les conditions favorisant, ou à l’inverse faisant obstacle, à une transformation du droit et de sa mise en œuvre dans un sens féministe.

JUNTER Annie, annie.junter@wanadoo.fr, Maîtresse de conférences en droit social à l'université de Rennes 2, titulaire de la chaire d'études sur l’égalité entre les femmes et les hommes et codirectrice du CRESS-Lessor

Témoignage  d’une juriste féministe dans l’université française 

Annie Junter évoquera son expérience de juriste féministe dans l’université française.

DEVREUX Anne-Marie, anne-marie.devreux@csu.cnrs.fr, Directrice de recherches en sociologie, CNRS, Directrice du CRESPPA

 Formes contemporaines de la lutte des hommes contre les femmes dans le domaine du droit

 Dans le rapport social de sexe, le droit traduit l’état des rapports de force entre dominants et dominées. A partir d’exemples concernant les lois sur le partage de l’autorité parentale après le divorce et sur les retraites des mères fonctionnaires, cette contribution illustre le combat que mènent des hommes dans le champ juridique. Jouant sur les paradoxes dus à la coexistence de systèmes juridiques européens et français qui juxtaposent un principe général d’égalité de droit et des mesures spécifiques compensant des inégalités de fait, ces hommes parviennent à retourner les politiques d’égalité entre les sexes à leur profit.

FREEDMAN Jane, jane.freedman@gtm.cnrs.fr, Professeure en sociologie, Université Paris 8, CRESPPA-GTM

Les mobilisations féministes autour du droit d’asile en France et au Royaume-Uni : des normes internationales au droit national 

Les conventions internationales sur les réfugiés et le droit d’asile sont en principe neutres du point de vue de genre. Cependant, les critiques féministes affirment que ces conventions sont en fait ébranlées par des pratiques profondément tributaires du genre et donc qu’elles échouent à protéger les femmes, notamment parce que les persécutions dont ces dernières sont victimes ne sont pas reconnues comme telles. Des mobilisations féministes transnationales ont réussi à mettre ces questions sur l’agenda international, et à faire adopter par les organisations internationales des directives sur les questions liées au genre dans la demande d’asile. Si ces discours sont acceptés au niveau international, la façon dont les discours et les normes qui les accompagnent sont traduits dans les politiques et des législations nationales dépendent fortement des contextes politiques spécifiques à chaque pays. Cette communication analyse les réseaux de mobilisation autour des ces questions et étudie l’émergence des discours et normes sur les persécutions spécifiques aux femmes au niveau international et européen avant de discuter de la façon dont ces conventions et  normes internationales sont transposées dans des sphères politiques nationales dans deux pays européens, la France et le Royaume-Uni. 

Atelier 2. Jeudi 23 septembre 2010, 14h-16h, salle 311. La perspective féministe : un enjeu des études de genre

Cet atelier visera à exposer l’enjeu scientifique et politique d’un point de vue, de méthodes et de concepts féministes. Afin de réaffirmer leur pertinence, l’atelier tentera de montrer le caractère paradoxal de l’évolution actuelle des études de genre sur les plans de la méthode et de la théorie. D’abord, nous aborderons le paradoxe soutenu dans de récentes études sur la sexualité où les auteurs affirment qu’il faut faire une place au point de vue des hommes pour atteindre à plus de désengagement militant. Ensuite, nous soulignerons que l’extension des études de genre s’accompagne paradoxalement d’une régression de l’analyse féministe. Enfin, nous analyserons le paradoxe de certains auteurs qui se prétendent féministes mais analysent la situation de la majorité des femmes par le modèle de la prostitution.

BRAND Magdalena, magdalenabrand@hotmail.com, doctorante à Cresppa-Csu / Paris 8, thèse intitulée « Les échanges économico-sexuels entre des expatriés de France et des femmes vivant à Bangui en République Centrafricaine », sous la direction Gail Pheterson

Point de vue et scientificité dans les études actuelles sur la sexualité

Cette communication proposera l’analyse d’un paradoxe méthodologique dans certaines études récentes sur la sexualité, ceci afin de révéler le tournant politique à l’œuvre. En effet, on constate que les auteurs de ces études rétablissent la légitimité d’opposer la science à la politique, la méthode neutre au point de vue féministe. Finalement, cet antiféminisme les amène à tenir une position paradoxale : affirmer la nécessité de rendre compte du point de vue des hommes pour atteindre à plus de désengagement militant. Ainsi, la description de la sexualité reprend le point de vue des hommes tant au niveau de l’énonciation que des catégories utilisées. Ce positionnement particulier est parfois revendiqué au nom de la neutralité comme une méthode dans une approche dite « compréhensive » ou micro-empirique. Mais, on constate deux choses. Ces méthodes leur permettent de décrire la sexualité comme une série de situations interindividuelles abstraites des rapports sociaux de sexe. Leur rejet de la méthodologie féministe et le désengagement politique affiché au nom de la scientificité semblent donc être moins un progrès scientifique qu’une remise en cause des analyses féministes et de leur légitimité.

CINGI KOCADOST Fatma, f.cingikocadost@gmail.com, mémorante à l’EHESS, master 2 intitulé «Le genre dans le travail de services», sous la direction de Catherine Marry

La perspective féministe et les études sur les hommes et les masculinités

FAUROUX Camille, camillefauroux@hotmail.com, doctorante à l’EHESS (CRH), thèse intitulée « Les travailleuses civiles de France : politiques, expériences, représentations (1940-1958) », sous la direction de Laura Lee Downs

Cette communication abordera le paradoxe de la régression de l’analyse féministe dans un contexte d’extension des études genre. Il s’agira d’analyser un champ en essor, les études sur les hommes et les masculinités. On voit que l’extension de l’usage du genre en sciences humaines s’accompagne d’une perte de son potentiel critique, sur les plans méthodologique et conceptuel. D’une part, on voit revenir l’idée de neutralité du savoir, tant produit par le chercheur qu’issu des discours des hommes étudiés. En outre, la question de la domination ou du pouvoir, pourtant centrale dans la compréhension des rapports hommes-femmes, est évacuée ou euphémisée. Les difficultés masculines sur le plan émotionnel et identitaires sont particulièrement soulignées. D’autre part, une analyse des usages du concept de genre dans ces études révèle qu’il est souvent pensé de façon non relationnelle. La masculinité est alors étudiée comme s’élaborant avant tout dans un rapport de soi à soi. On voit là encore que la méthode féministe et ses concepts de genre et de pouvoir sont remis en question au profit d’un champ où le savoir des hommes et sur les hommes peut être pensé comme neutre.

FERRAND Annie,andrea_d_w@hotmail.fr, doctorante à Paris 10, travail portant sur une critique féministe matérialiste de la psychanalyse, sous la direction de Nicole Mosconi

L'enjeu politique des usages du concept d’échange économico-sexuel

Cette troisième communication permettra de souligner le paradoxe de certaines études actuelles sur la sexualité qui invoquent une analyse matérialiste radicale pour banaliser voire justifier la prostitution et la pornographie. Ces recherches font une place centrale à la notion d'échange économico-sexuel dans leurs analyses. Or les questions de pouvoir, d’expropriation économique et physique en sont absentes. Les paradigmes féministe et sociologique sont remis en cause. Sur le plan analytique, plus que l'appropriation et l'expropriation, c’est la prostitution qui devient le modèle explicatif du rapport entre hommes et femmes. La raison en est que le continuum de l’échange économico-sexuel est renversé : il ne renvoie plus à l'appropriation des femmes par les hommes mais à un échange équitable de argent et sexualité dans toutes les sphères des relations entre hommes et femmes (mariage, sexualité, concubinage, travail). Mariage, prostitution et sexualité sont alors analysés à l'aune des bénéfices matériels et psychologiques que les femmes peuvent en retirer. Les auteurs étudiés semblent donc proposer un retournement de perspective sur des enjeux féministes (sexualité, travail).

Atelier 3. Jeudi 23 septembre 2010, 16h-18h, salle 311. Emploi, le genre du risque et les risques du genre

Autour de quatre recherches en cours ou récemment terminées, nous explorons des risques sociaux liés à l’emploi dans une perspective de genre. En 1986, Ulrich Beck énonçait la thèse que le risque est inhérent à la modernité et que son anticipation et sa gestion font partie des caractéristiques de la modernité réflexive (Beck, 2001). Sensible à l’inégale répartition sociale des risques et aux différences de type de risque entre hommes et femmes, Beck ne s’est cependant intéressé ni à la division sexuée des risques dans l’emploi, ni au déni des formes sexuées du risque dans l’emploi. Le but de cet atelier est de se pencher sur ces dimensions afin de mettre au jour leurs logiques. Il est connu que la prise de risques dans l’emploi, constituant un élément fondamental de l’institution du masculin, participe de la construction de la virilité au travail (Molinier, 2003). Les risques que courent les travailleuses dans l’emploi sont par contre nettement moins reconnus et les atteintes à la santé qui en découlent sont souvent renvoyées à une inaptitude au travail ou à des troubles psychosomatiques. Des recherches ont notamment pourtant montré que l’emploi produit des maladies professionnelles spécifiques, liées par exemple au travail répétitif sous contrainte de temps dans l’industrie (Gollac & Volkoff, 2002) et dans les services (Messing, 1999) ; des burn-out liés aux particularités du travail de care (Hochschild, 1983) ; des conditions de travail particulièrement pénibles en raison d’exigences ou de comportements sexistes (Cassel, 2001; Molinier, 2003). Sur le plan de la division du travail, certains gestes professionnels sont symboliquement risqués pour les femmes en raison de leur proximité avec certaines parties du corps (sexualité) ou de leur association aux déchets ou au sale (Douglas, 1992) ; de plus, l’emploi renforce la hiérarchisation des rôles de sexe en raison de la répartition des temps de travail entre hommes et femmes, de la surreprésentation des femmes dans les contrats précaires ou dits atypiques, de la ségrégation (verticale ou horizontale) de certaines pratiques professionnelles et du type de division des activités professionnelles dans le cadre de professions mixtes (Fortino, 2002). Chacune des quatre communications de cet atelier examinera un risque particulier lié à un emploi ou à un type d’emploi et l’explorera sous l’angle du genre.

PROBST Isabelle, Isabelle.Probst@unil.ch, chargée de recherche à Haute école de travail social et de la santé EESP et doctorante à l’Institut de psychologie de l'Université de Lausanne, Suisse

La perception d’un risque professionnel féminisé : entretiens avec des ouvrières atteintes de TMS

Du fait de la division sexuée du travail, femmes et hommes ne subissent pas les mêmes types d’atteintes à la santé dans le cadre de leur emploi. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) des bras et de la nuque sont des risques professionnels auxquels les femmes sont particulièrement exposées, à cause des contraintes qui caractérisent souvent leur travail, notamment tâches répétitives, postures forcées et autonomie restreinte. Toutefois, les TMS ne sont que partiellement reconnus socialement en tant que risques professionnels, ce qui se traduit par exemple en Suisse par un faible taux de reconnaissance au titre de maladies professionnelles. Divers discours sociaux – notamment médicaux, assurantiels ou patronaux – tendent à expliquer les TMS qui affectent les femmes par des caractéristiques physiologiques féminines ou à les renvoyer à des problématiques psychologiques, alors qu’ils minimisent dans le même temps la pénibilité du travail des femmes.
Une fois ce constat dressé, on s’interrogera sur la perception que des salariées peuvent avoir du risque de TMS. L’analyse se base sur des entretiens avec des ouvrières de l’industrie graphique et de l’emballage qui ont subi des TMS, soit passagers soit chroniques, présentant différents degrés de gravité. Loin d’adhérer aux discours qui renvoient les atteintes à des problématiques privées, les ouvrières interviewées revendiquent le caractère professionnel de ces affections. Les entretiens attestent des enjeux importants que représente pour elles une reconnaissance de ce risque professionnel, tant sur le plan matériel (prévention et prise en charge assurantielle) que symbolique ou identitaire. Ils montrent toutefois aussi des dilemmes et ambivalences, notamment du fait que la dénonciation des atteintes à la santé dues au travail s’accompagne en même temps d’une banalisation et d’une naturalisation du risque. En ce sens, les discours révèlent les limites de ce qui est pensé comme étant les « conditions de travail » de ces emplois féminins, c’est-à-dire les dimensions de l’emploi qu’il est imaginable pour les ouvrières de modifier.

TABIN Jean-Pierre, jptabin@eesp.ch, Professeur à la Haute école de travail social et de la santé · EESP et à l'Université de Lausanne (Suisse) (avec la collaboration d’Isabelle Probst, George Waardenburg, Claudio Bolzman, Dolores Angela Castelli Dransart, Geneviève Pasche)

Le caractère sexué de la reconnaissance sociale des risques du travail

En 2008, on a dénombré 207 189 cas d’accidents professionnels en Suisse pour les hommes et 60 642 pour les femmes. Pourquoi cette différence ?
La division sexuée des emplois implique que femmes et hommes ne subissent ni les mêmes expositions, ni le même type d’atteintes à la santé dans le cadre de leur activité salariée. Les hommes subissent plus souvent des accidents et les femmes des maladies. Or, les accidents sont bien mieux reconnus comme atteintes dues au travail que les maladies, qui ne représentent en 2007 qu’1,5% des cas d’accidents professionnels. Cette situation est liée aux rapports sociaux qui ont donné forme à la catégorie d’accident du travail, qui implique une bien meilleure reconnaissance sociale des atteintes à la santé touchant les activités professionnelles typiquement masculines (par exemple, le travail de chantier).
Autre facette des inégalités de genre, la catégorie d’accident du travail ne concerne que les travaux fournis dans le cadre d’un rapport de type salarial, reléguant les autres accidents à la sphère privée. Le travail domestique n’est pas reconnu comme un travail. Réalisé principalement par les conjointes, il permet la disponibilité des hommes sur le marché du travail salarié. Les accidents survenus dans le cadre de son propre ménage ne sont jamais comptabilisés comme découlant d’un rapport de travail et sont largement invisibles. Leur couverture par l’assurance est moindre. La définition restrictive de l’accident du travail contribue donc à maintenir l’ordre social.
Nous partirons de notre matériau empirique (25 interviews, 54 dossiers sociaux et médicaux, 4 focus groups menés dans le cadre d’un projet du Fonds national suisse de la recherche scientifique) pour montrer que les atteintes à la santé que subissent hommes et femmes ne sont non seulement pas reconnues de manière identique, mais ne sont pas non plus pensées de la même manière en société.

MARTIN Hélène, hmartin@eesp.ch, Professeure à la Haute école de travail social et de la santé EESP, Lausanne (Suisse) (avec la collaboration de Céline Perrin et de Pascale Damidot)

Péril en la demeure ? Dimensions sexuées de la relation thérapeutique en physiothérapie (kinésithérapie)

Une physiothérapeute soigne un patient qui « avait toujours une petite blague, mais qui était prise au deuxième degré. Quand il a commencé à utiliser des mots plus précis et plus pernicieux, j’ai compris que ça tournait mal » ; elle évalue : « j’étais très mal à l’aise ». Un physiothérapeute soigne une patiente qui « s’intéressait de très près à ma situation personnelle. J’avais l’impression qu’il y avait un espoir de ce côté-là, donc un peu les compliments genre ‘c’était très agréable ce massage, ça détend bien’ » ; il évalue : « c’est presque flatteur, on a l’impression que quelqu’un s’applique pour plaire ».
Les physiothérapeutes vivent des situations où la logique professionnelle physiothérapeute/patient·e se retourne en une logique sexuée, voire sexualisée. Les physiothérapeutes jugent de telles situations fréquentes et les comprennent comme un risque inhérent à la relation thérapeutique en physiothérapie. Or, bien que l’établissement de cette relation soit érigée en compétence professionnelle pour les physiothérapeutes hommes et femmes, l’analyse montre que la réalisation du risque qui lui est attaché se décline de manière différenciée en fonction de la catégorie sociale de sexe d’appartenance. Les situations dans lesquelles une relation sexuée met en péril la relation professionnelle n’existent pratiquement que pour les physiothérapeutes femmes, qui voient fréquemment leur identité professionnelle niée au profit de leur identité de sexe. De plus, ces situations ambiguës sont souvent expliquées comme des conséquences d’inaptitude professionnelle lorsqu’elles sont vécues par des physiothérapeutes femmes et comme des conséquences de situations « délicates » lorsqu’elles sont vécues par des physiothérapeutes hommes. Les physiothérapeutes femmes exercent donc leur profession dans un espace plus risqué sur le plan de leur intégrité physique et de leur identité professionnelle que les physiothérapeutes hommes. Ajoutons à cela que certains gestes et attitudes considérés comme installant une proximité potentiellement provocante leur étant confisqués pour l’occasion, elles disposent d’une palette effective d’outils thérapeutiques plus restreinte que leurs homologues hommes.

REY Séverine, srey@hecvsante.ch ou PIRINOLI Christine ou BATTISTINI Mélanie respectivement Professeures et assistante à la Haute école cantonale vaudoise de la santé HECVSanté, Lausanne (Suisse)

Mixité des équipes soignantes : le partage de la pratique quotidienne comme révélateur du système de genre

Le sujet de l’ouverture des professions aux deux sexes a retenu l’attention de nombreuses recherches. Un questionnement qui leur est sous-jacent est celui de la mixité des professions et de ses effets : plus de mixité amène-t-elle plus d’égalité ? Le constat qu’elles font est que souvent la division sexuelle du travail, au lieu de disparaître, s’est déplacée (ségrégation verticale, « niches »…). Pour mettre au jour les mécanismes de ségrégation sexuée dans la pratique des professionnel·le·s de la santé, notre choix s’est porté sur deux professions : infirmières/infirmiers et techniciennes/techniciens en radiologie médicale (manipulateurs en France).
Dans notre recherche, nous avons choisi d’interroger la mixité de ces deux professions en documentant la répartition des tâches entre collègues hommes et femmes au sein d’un même service. Alors qu’au sein d’une même profession, la formation (stages mis à part) est la même pour les hommes et les femmes et que le cahier des charges est, formellement, identique entre elles et eux, peut-on observer une pratique différente ou une tendance à la spécialisation ? L’observation du travail « en action » nous permet d’analyser l’organisation du travail au sein des équipes, ainsi que ses conséquences en termes d’horaires ou d’acquisition de compétences et d’expériences valorisantes : dans une perspective de carrière et/ou de changement d’emploi, que peut-on valoriser comme gestes et activités, et lesquels restent invisibles ? La recherche étant en cours, nous présenterons dans cette communication nos premières observations relatives aux stratégies adoptées entre collègues et aux arrangements négociés (ou imposés ?) entre elles et eux (ou décidés par les responsables d’équipe), notamment en ce qui concerne des gestes professionnels à réaliser sur des parties du corps associées à l’intimité ou à la sexualité (seins dans le cadre de la mammographie par exemple) ou au risque de saleté (lavements).

TRAVAIL, GENRE ET SOCIETES

tgs@tgs.cnrs

Atelier 4. Vendredi 24 septembre 2010, 14h-16h, salle 311. Domestiques d'ici et d'ailleurs

Organisation : LOCOH Thérèse locoh@ined.fr  et MOSCONI Nicole, nicole.mosconi@wanadoo.fr

Autour du numéro 22 de novembre 2009 de la revue  Travail, Genre et Sociétés

DROUILLEAU Félicie, felicie.drouilleau@ehess.fr, ehess, lisst-Centre d’Anthropologie Sociale, utm Maison de la Recherche, 31058 Toulouse

  Exode et domesticité à Bogotá                   

Cet article explore les différentes modalités du devenir domestique à Bogotá (Colombie). Comparant les migrations de jeunes filles et petites filles venues s’employer dans la capitale colombienne comme bonnes à demeure durant les années 1960-1970 et l’intégration dans le service domestique de personnes déplacées par les violences, il s’attache à comprendre l’évolution des conditions d’entrée dans une famille employeuse. D’une insertion professionnelle largement guidée par la parenté et les relations de proximité, le phénomène de la « recommandation » a permis de tisser des liens de confiance entre étrangers en étendant le cercle familial au-delà de ses limites formelles. C’est toutefois ces liens de confiance qui seront les plus difficiles à obtenir pour les personnes déplacées victimes de la stigmatisation et du rejet des populations citadines.

 JACQUEMIN Mélanie, meljacquemin@gmail.com , sociologue, chercheure associée au Centre d’Etudes africaines (ehess/ird) et au laboratoire Dynamiques Rurales (utm/inp-ensat/enfa)

 « Petites nièces » et « petites bonnes » à Abidjan 

Dans la société abidjanaise contemporaine, la majeure partie du service domestique est effectuée par des fillettes et des jeunes filles âgées de moins de 20 ans. Phénomène ancien, repérable dès les origines de la ville, la mise au travail de « petites bonnes » dans les ménages urbains a connu d’importantes trans­formations, notamment sous l’influence de la récession économique qui sévit en Côte-d’Ivoire depuis les années 1980. Pour éclairer les logiques contemporaines d’une telle mise à contribution de petites et jeunes filles dans l’économie domestique urbaine, cet article retrace l’histoire du marché du service domestique juvénile féminin à Abidjan au cours des 30 dernières années. Analysant le passage de logiques familiales de mise au travail domestique des enfants à des logiques anony­mes et plus contractuelles de salariat domestique juvénile, il met en évidence la diversité des situations et la complexité d’un phénomène qui, resté méconnu, représente pourtant un indicateur du changement social en Afrique noire.

 MARBOT Claire, claire.marbot@insee.fr,  Insee, 18 boulevard Adolphe Pinard, 75014 Paris

Le recours aux services à domicile et ses déterminants en France

En France, le recours aux services domestiques à domicile est très différencié selon la composition des ménages et l’âge de leurs membres. Au cours de la décennie 1995-2005, le recours à ces services a connu un effet important de réintégration dans l’économie formelle mais n’a pas réellement progressé. Dans les ménages comprenant une femme en âge d’être active, le choix d’y recourir apparaît en étroite relation avec l’activité féminine. Mais ce n’est pas l’activité en tant que telle, c’est sa combinaison avec la présence d’enfants, ainsi qu’un niveau de diplôme élevé ou un emploi de cadre, qui constitue un déterminant significatif du recours. Par ailleurs, l’inégalité entre conjoints dans l’apport de ressources et en termes de qualification apparaît moins marquée dans les ménages qui recourent aux services à domicile qu’en moyenne. Enfin si, en première analyse, le niveau de qualification de l’homme peut apparaître comme un déterminant important du recours aux services à domicile, cet effet transite en réalité essentiellement par le niveau de vie du ménage et, toutes choses observables égales par ailleurs, le degré de qualification de la femme exerce un effet sur la probabilité de recours qui prédomine sur le niveau de qualification de son conjoint.

Communication associée à cet atelier

 VIDAL Dominique, dominique.vidal@univ-paris-diderot.fr, urmis, Université Paris Diderot, case 7027, 75205 Paris Cedex 13.

 Une relation ancillaire à l’épreuve du droit

Cet article étudie la portée et les limites de l’élargissement de l’accès au droit social des travailleuses domestiques à Rio de Janeiro. Il présente d’abord les problèmes de descriptibilité de l’emploi domestique au Brésil. Il souligne ensuite le nouveau sens du juste qu’a entraîné la mise en place d’un cadre juridique, en relevant ses conséquences sur les représentations des travailleuses domestiques. Il montre enfin l’insuffisance du droit à assurer pleinement leur protection, en insistant sur le difficile accès à la justice du travail, la faible identification à l’action syndicale et les rapports entre travailleur et employeur dans le service domestique. Il évoque alors en conclusion ce qui fait la spécificité de ce secteur d’activités dans le Brésil contemporain, en replaçant les phénomènes observés dans les débats actuels sur les emplois domestiques.

Atelier 5. Vendredi 24 septembre 2010, 16h-18h, salle 311 Discussion ouverte autour du projet Brecha Lésbica et autres projets féministes, lesbiens, antiracistes et matérialistes.