Congrès Marx International VI
22 au 25 Septembre 2010
CRISES, REVOLTES, UTOPIES

SECTION HISTOIRE

Coordinateurs : Deborah COHEN et Jacques GUILHAUMOU  
 cohen.deborah@free.fr   Jacques.Guilhaumou@up.univ-mrs.fr

Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, Bâtiment L, salles 200 et 307


MOUVEMENT SOCIAL DU 23 SEPTEMBRE 2010 : DECLARATION

Thursday, September 23 will be a day of strikes and demonstrations in France


Liste de tous les intervenants
Liste de tous les intervenants de la section Histoire

Atelier 1.  Jeudi 23 septembre 2010, 10h-12h, salle 200. Le socialisme utopique est-il utopique ? Critique sociale et projets politiques (19-20 e siècles)
Atelier 2.  Jeudi 23 septembre 2010, 10h-12h et 14h-18h, salle 307. Les héritages du républicanisme et la république comme utopie
Atelier 3. Vendredi 24 septembre 2010, 9h-13h et  14h-18h, salle 307. La réforme agraire au passé et au futur
Atelier 4. samedi 25 septembre 2010, 9h30-13h, salle 307. Expériences de la gauche dans le Moyen Orient contemporain (XIX°-XX° siècles)

[Crises, révoltes et utopies dans l'histoire des Révolutions]            [La Réforme agraire au présent et au futur]


Crises, révoltes et utopies dans l’histoire des Révolutions

L’objectif de la session « Histoire » du Congrès est de considérer la manière dont s’imbrique, dans l’analyse historique des révolutions et de leur portée historiographique, les définitions de la crise, la pensée politique des révoltes sociales, et leur part d’utopie. En premier lieu, il s’agit de considérer « le moment de la crise », avec sa succession d’événements en lien avec le constat du rythme des crises économiques et des diverses théories qui s’efforcent de les expliquer. C’est aussi « un moment actuel » au sens marxiste, où il importe de considérer le jeu des contradictions propres aux luttes anticapitalistes, et leur part d’utopie.

Ainsi est mise en évidence l’illusion d’une autonomie de l’économie de marché. Marché et organisation, avec son corollaire, une classe dominante gestionnaire du « capitalisme organisé », marchent de pair et portent les contradictions même de la production capitaliste, éventuellement jusqu’à son point de rupture, la révolution ou le mouvement révolutionnaire. Dans ce cadre où la crise rend incertain l’ordre social, permet un diagnostic et un retour interprétatif, la temporalité est autre : si la crise est un moment, elle est cependant pensée comme plongeant ses racines dans une organisation économique et sociale qui l’a produite et qu’elle questionne sous le nom de révolution.
A l’encontre de l’approche libérale, il ne s’agit pas de lier mécaniquement révolutions et crises économiques en réduisant la revendication politique à une demande consommatrice, mais d’établir, sur la base de l’archive, des analyses mettant en scène des sensibilités propres aux mouvements populaires par la considération du trajet de l’économie morale à l’économie des affects propre au processus de revendication d l’égalité sociale.

Pour être opératoire et ne pas empêcher toute compréhension d’un phénomène révolutionnaire, le concept de crise conjoncturelle semble donc devoir être combiné avec du temps plus long, avec une compréhension des mouvements organiques de la société. Interprétation qui est reprise par l’approche progressiste dès le XIXème siècle, du socialisme européen, - pour qui ce n’est assurément pas du fond de la misère qu’est montée la Révolution, mais des contradictions même de la société civile bourgeoise -, aux historiens actuels de la conflictualité sociale sur la scène internationale. La crise ne peut être pensée comme étant la base de la révolution sans en nier le sens ; elle doit cependant être prise en compte par une histoire soucieuse d’expliquer le nécessaire et le contingent.

Dans une telle réflexion, nous souhaitons insister sur l’importance de l’engagement des acteurs eux-mêmes dans la révolte, et le fait que cet engagement devient sous des formes multiples un facteur explicatif de la crise elle-même. C’est ainsi que la crise permet de considérer la conscience de classe à la fois des « sans-parts » dans leur appel à une révolution radicale, mais aussi des « capacités », parties prenantes de l’organisation de la société, mais soucieuses de maintenir et développer associations et groupements de défense des droits, dans le fait même des solidarités et des arbitrages. Une conscience de classe qui s’exprime dans le langage du droit, en tant que langue des droits naturels en acte. Une conscience républicaine basée sur le principe de la souveraineté populaire, propice à la démocratie, et qui ne cesse de penser et préciser, d’une crise à l’autre, d’une révolution à l’autre, la nécessité pour l’humanité agissante et souffrante de se constituer en société politique dans le but de protéger les droits individuels et les libertés publiques.
 

Déborah COHEN, Jacques GUILHAUMOU


 Atelier 1.  Jeudi 23 septembre 2010, 10h-12h, salle 200. Le socialisme utopique est-il utopique ? Critique sociale et projets politiques (19-20 e siècles)

Coordonné par  SKORNICKI Arnault, askornicki@yahoo.fr  Maître de conférences de Sciences politique, Paris Ouest Nanterre

L’opposition routinière entre socialismes scientifique d’une part, et utopique de l’autre, n’a pas eu pour seule conséquence de reléguer le socialisme « pré-marxiste » au rang de précurseur naïf et dépassé. Elle suggère également que le socialisme, marxiste ou pas, est passé à côté de la spécificité du politique, soit qu’il réduise ce dernier à un idéal impraticable soit qu’il le reconduise à une administration rationnelle (et potentiellement policière) de la production. Utopique ou scientifique, le socialisme, explique ainsi Michel Foucault, manque de ce qui fait l’essentiel de la politique moderne et – a contrario – la grande force du libéralisme : un art de gouverner autonome , un savoir pratique pour conduire les hommes et se conduire soi-même.
À partir des intuitions de J. Rancière (La nuit des prolétaires) et de M. Riot-Sarcey (Le réel de l’utopie), on se proposera dans cet atelier à la fois : 1) de renverser l’énoncé foucaldien sur le défaut de politique dans le socialisme ; 2) d’évaluer et de retourner l’assertion marxienne quant à l’utopisme supposé du socialisme de ses prédécesseurs et, peut-être, de certains de ses successeurs au XXe siècle (autogestion, freudo-marxisme, Socialisme ou Barbarie…). Qu’il s’agisse de tentatives d’autogouvernement ouvrier, de l’imagination politique nocturne d’ouvriers saint-simoniens ou fouriéristes, de trouvailles et innovations des socialistes quarante-huitards, de la réactualisation d’une certaine tradition républicaine et du mandat impératif chez Marx lui-même (à propos de la Commune de Paris), ou de vastes plans mutuellistes et fédéralistes de Proudhon et d’autres anarchistes, etc.… condition ouvrière et intelligence théorique n’ont cessé de se nourrir mutuellement. La critique sociale et les projets de démocratie radicale s’y articulent pour relever le défi d’une gouvernementalité qui ne soit ni libérale ni policière : celle de l’autogouvernement des hommes.

Cet atelier est ouvert aux historiens, politistes et philosophes sensibles à la richesse de la pensée politique socialiste du XIXe siècle et au-delà ; en France bien sûr, mais aussi en l’Europe et au-delà.

BAUDOUIN Michel, baudouinz@free.fr , enseignant dans le second degré, doctorant, Paris Ouest Nanterre 

Une gouvernementalité socialiste - libertaire - est-elle possible ?

HÉRICORD Alix, alix.h@wanadoo.fr  enseignant dans le second degré

Micro-théorie d’un socialisme de guérilla. Itinéraire de Pardigon: des combats de juin 48 à l'armée sudiste

HAYAT Samuel, samuel.hayat@club-internet.fr    Doctorant-ATER Sciences politiques,  Paris VIII

L'idée contre l'utopie : la construction pratique du socialisme proudhonien

SKORNICKI Arnault, askornicki@yahoo.fr  Maître de conférences de Sciences politique, Paris Ouest Nanterre

Une autre gouvernementalité est possible. Remarques préliminaires sur la politique du socialisme au XIXe siècle

Atelier 2.  Jeudi 23 septembre 2010, 10h-12h et 14h-18h, salle 307. Les héritages du républicanisme et la république comme utopie

Responsables : Yannick BOSC, Jean-Numa DUCANGE, Christopher HAMEL, Carine LOUNISSI

Présentation

BELISSA Marc, marc.belissa@u-paris10.fr Maître de Conférences d'histoire,  Paris Ouest Nanterre   (CHISCO)

Les leçons de républicanisme de Paine lors de son retour aux Etats-Unis en 1802

En 1802, Thomas Paine revient aux États-Unis pour y mourir en 1809. Les textes politiques du vieux révolutionnaire dans ses dernières années sont largement consacrés à la question de ce qu’est le républicanisme moderne dans ses pratiques, notamment dans les huit Letters to the citizens of the United States publiées entre le 15 novembre 1802 et le 7 juin 1805. Trois thèmes émergent de ce corpus : tout d’abord, celui des factions et des partis dans la république, deuxièmement, la question de la perfectibilité du régime républicain et des mécanismes constitutionnels qui doivent en assurer l’expression, et enfin la question des formes que doit prendre la "mémoire" du moment fondateur révolutionnaire dans le maintien de la vertu républicaine. Ces trois thèmes dessinent ce qui me semble être des "leçons de républicanisme" à destination de la génération nouvelle dont la portée pratique en font des documents de premier plan sur la transition et les recompositions entre républicanismes "classique" et "moderne". 

BOSC Yannick, yannick.bosc@univ-rouen.fr   Maître de Conférences d'histoire, Université de Rouen (GRHIS)

Révolution française : refonder les problématiques du républicanisme

L'interprétation dominante des républicanismes pendant la Révolution française s'inscrit dans le récit standard de la modernité qui oppose les « anciens » et les « modernes ». De cette opposition présumée résulterait deux conceptions de la république : les « anciens » seraient tournés vers les modèles politiques passés et défendraient une société holiste, alors que les « modernes » auraient perçu les nouveaux enjeux de l'économie et favoriseraient l'individu contre le groupe. Les premiers, potentiellement totalitaires, se recruteraient parmi les montagnards, les seconds seraient en particulier représentés par la mouvance girondine qui incarnerait les valeurs des droits de l'homme et les principes d'une économie politique républicaine. Contre ce schéma interprétatif qui d'emblée exclut les montagnards de la course à la modernité, il s'agira ici de considérer l'économie politique girondine comme un type de républicanisme qui cherche à s'émanciper des contraintes des principes du droit naturel et, a contrario , de voir l'économie politique populaire (selon l'expression de Robespierre) comme un type de républicanisme qui cherche à intégrer les contraintes des principes du droit naturel. De nos jours, face à l'épuisement du paradigme productiviste, le républicanisme fondé sur les principes du droit naturel à l'existence prôné par les Montagnards offre une ressource pour concevoir un principe républicain de justice qui permette de tenir ensemble ce que l'idéologie néo-libérale sépare : la protection sociale et la liberté.

DUCANGE Jean-Numa, jean-numa.ducange@univ-rouen.fr  ATER Histoire, Université. de Rouen

 La social-démocratie allemande et la République avant 1914

Cette communication reviendra sur un des problèmes politiques les plus controversés dans le SPD d’avant-guerre, la pertinence de revendiquer une République allemande. Le contenu de celle-ci ne peut se comprendre qu’en reconstituant les enjeux précis du débat dans le contexte de l’époque : que signifie être républicain pour un social-démocrate dans l’Allemagne wilhelmienne ? Au miroir de quelles expériences et de quels modèles ? Quelle légitimité pour ce type de revendications politiques spécifiques à côté des luttes sociales, souvent jugées prioritaires ?
A partir de ces quelques questions et à la lumière de nombreux textes souvent méconnus, nous reviendrons sur les diverses facettes d’un débat qui, au-delà de la seule expérience du SPD de l’époque, pose le problème de la forme politique concrète d’un changement social radical.

FRÉTIGNÉ Jean-Yves, jean-yves.fretigne@univ-rouen.fr, Maître de Conférences,  Histoire, Université de Rouen (GRHIS)

Lecture de la Révolution française par Antonio Gramsci

L'objet de notre communication aura pour enjeu principal d'expliquer comment le philosophe et homme politique italien Antonio Gramsci est passé d'une vision négative du jacobinisme et de la Révolution française à une approche beaucoup plus positive faisant du jacobinisme le principe explicatif de l'histoire française, au moins jusqu'à avènement de la Troisième République. Guidée par ses activités militantes, ces deux lectures ont toujours pour objectif de comprendre les tenants et aboutissants du présent et, en particulier, le retard politico-social de l'Italie, un État qui s'est modernisé sans connaître de véritable révolution politique. Ce thème de la révolution passive a profondément marqué la destinée intellectuelle et politique de l'Italie et nourri une vaste historiographie qui n'a pas encore dit son dernier mot.

GAUTHIER Florence, gauthierflore@orange.fr, Histoire Maître de Conférences, Histoire,  Paris 7 (ICT)

Eléments d'histoire du droit naturel : critique de Michel Villey

Les aventures de la petite phrase, droit naturel, demeurent encore largement méconnues, bien qu’elles suscitent un intérêt réel et récent. Le travail de Brian Tierney (1997) a permis de mieux situer sa réapparition dans des formes toutes nouvelles, à l’époque tumultueuse des XII-XIVe siècles, et d’en suivre la renaissance à la lumière de l’Ecole de Salamanque jusqu’aux débuts du XVIIe siècle.
Je propose ici de revenir sur l’interprétation qu’en fit Michel Villey (Le droit et les droits de de l’homme, 1983), en attirant l’attention sur la curieuse déconnection qu’il établit ici entre droit naturel et droits de l’homme.

HAMEL Christopher, christopher.hamel@univ-rouen.fr, Philosophie, Université. de Rouen

Milton, Sidney et le républicanisme anglais au XVIIe siècle

Dans le cadre de l’Atelier « Les héritages des républicanismes et la république comme utopie », cette communication s’attachera à présenter, à partir de deux figures majeures du républicanisme anglais du XVIIe siècle, quelques-unes des thèses les plus significatives de John Milton et Algernon Sidney. En effet, la pensée politique et morale de ces deux auteurs, permet, avec des accentuations différentes, de thématiser les axes de cet atelier. (i) Tout d’abord, leur républicanisme est essentiellement révolutionnaire – Sidney pensant la révolution comme la manifestation radicale d’un processus inévitable et légitime de changement politique inhérent la vie des hommes. (ii) Ensuite, leur républicanisme est non seulement compatible avec le jusnaturalisme, mais surtout indissociable de celui-ci : tous deux définissent le droit naturel des individus et des peuples par le fait de ne pas être dominé, i.e. par le contenu même de la liberté au sens républicain. (iii) Enfin, on peut soutenir que tous deux proposent une conception utopique (au sens de Koselleck) de la république – Milton en tirant du postulat de la souveraineté du peuple la thèse radicale mais irréfutable selon laquelle un peuple est toujours fondé à démettre un gouvernement, même quand celui-ci n’est pas tyrannique ; Sidney en ébauchant l’idée d’un perfectionnement indéfini de la liberté politique comme logique du progrès historique.
En présentant ces quelques thèses, on mentionnera au passage certains débats historiographiques – qui sont autant des débats philosophiques – relatifs à la tradition républicaine, en insistant notamment sur le fait que l’offensive de l’école straussienne, conduite au nom d’une opposition trompeuse entre les Anciens et les Modernes, est vouée à se méprendre sur le sens de la référence à l’Antiquité ainsi que sur le statut du jusnaturalisme chez Milton et Sidney.

LOUNISSI Carine, carine.lounissi@univ-rouen.fr, Maitre de Condérences d'Anglais, Université. de Rouen (ERIAC)

Le républicanisme libéral de Thomas Paine

C'est dans Common Sense que Paine propose le premier programme véritablement républicain pour une nouvelle organisation politique américaine. Son pamphlet rejette l'argumentaire politico-juridique des colonies fondé sur des matériaux divers : le droit naturel, la tradition constitutionnelle britannique et les chartes et contrats coloniaux. Le républicanisme de Paine est d’emblée un plaidoyer en faveur d'une démocratie représentative fondée sur la première de ces sources. Sa pensée échappe déjà au schéma pocockien, comme JGA Pocock le reconnaît lui-même, et elle peut être en partie rattachée au libéralisme. En outre, même si son projet de refonte de la société et des institutions est à la fois politique, économique, diplomatique et religieux, son républicanisme ne cèdera jamais à l’utopie. Enfin, parce qu’étant au centre d'une triangulation intellectuelle qu'on pourrait qualifier d'atlantique, le parcours de Paine invite, en réalité, à un décloisonnement des espaces-temps du républicanisme.  

MIQUEU Christophe, cmiqueu@yahoo.fr, Maître de Conférences, Philosophie,  Bordeaux 4

La modernisation de l’héritage républicain à l’âge classique : les cas Spinoza et Locke

S’interroger sur la question de la citoyenneté à l’âge classique implique non seulement d’examiner l’influence d’une philosophie politique majeure, celle de Hobbes, mais aussi de réfléchir à un héritage souvent oublié, l’héritage républicain. La difficulté est que la compréhension de cet héritage varie selon la perspective que l’on adopte. Soit l’on considère, comme il semble aller de soi presque spontanément, le républicanisme dans une perspective strictement française et alors il paraît difficile de considérer l’idée de citoyenneté comme pertinente à l’âge classique, tant celle-ci est immédiatement assimilée à la révolution française et à la construction républicaine singulière qui en a résulté. Soit l’on considère le républicanisme dans une perspective euro-atlantique, tel qu’il fut diffusé à partir de la Renaissance, et il est alors indéniable que la citoyenneté devient une idée pertinente à étudier bien en-deçà de la Révolution française et dans un cadre européen. En justifiant la deuxième approche, nous présenterons quelques résultats de notre thèse, Restaurer l’idée de citoyenneté à l’aube des Lumières. Le républicanisme moderne de Locke et Spinoza, soutenue en novembre 2009. Nous nous attacherons en particulier à souligner la modernisation de l’héritage républicain européen réalisée par le radicalisme philosophique de Spinoza et Locke, et l’articulation nouvelle entre le principe individualiste hobbesien et les schèmes classiques de la tradition républicaine qui apparaît comme le moteur théorique d’un nouveau paradigme de la citoyenneté républicaine à l’aube des Lumières porté, de manière singulière, par ces deux philosophes.

MONNIER Raymonde ray.monnier@wanadoo.fr, CNRS, Histoire

La république comme projet à réaliser : transmission et actualisation des textes du républicanisme anglais dans le moment révolutionnaire

Le recours aux textes emblématiques de la conception républicaine de la liberté par les révolutionnaires français autour de 1789 aide à comprendre l’importance du legs humaniste et néo romain et de la philosophie du droit naturel dans l’univers conceptuel des secondes Lumières. L’expérience d’auto-institution se donne comme projet à réaliser sur la base des droits de l’homme et du citoyen et témoigne d’un nouveau rapport au temps à l’aube de la période contemporaine. Cette représentation tournée vers l’avenir a été thématisée par Reinhart Koselleck par une tension entre champ d’expérience et horizon d’attente. Après les discussions engagées entre penseurs anglais et français sur le système de Rousseau, notamment dans le domaine de la pensée morale, la traduction des auteurs républicains de la première révolution anglaise popularise le corpus d’arguments qui légitime l’innovation politique dans l’attente d’une constitution démocratique.
En croisant les approches contemporaines sur la traduction, l’histoire culturelle et l’histoire des idées, on cherchera à comprendre la signification politique et les enjeux rhétoriques de la traduction des textes du républicanisme anglais autour de 1789. Le but est de dépasser l’analyse en termes d’influence d’une tradition, pour s’intéresser à la transmission et au contexte de réception des textes, c’est-à-dire à l’agenda politique et au projet traductif des auteurs dans un état donné de la langue. Comment ces textes s’insèrent-t-ils dans le contexte intellectuel et les conventions argumentatives du moment révolutionnaire ? Dans quelle mesure ces traductions ont-elles été des outils de l’innovation politique ?  L’interprétation du traducteur éclaire le contexte qui les a inspirées et le processus de transfert et de réception des idées et du vocabulaire. Sur l’horizon d’attente de 1789, le bonheur de la traduction dépend moins de la fidélité à l’original que de la manière de rendre l’esprit du texte et sa force illocutoire pour traduire les idées en actes.

QUILLET Renaud renaud.quillet@orange.fr, PRAG Histoire, Université de Picardie

Par delà les Anciens et les modernes, le républicanisme de Jules Barni

Philosophe engagé dans la traduction en français et l’exégèse de l’œuvre de Kant, Jules Barni (1818-1878) se sent appelé par les événements de 1848 à s’engager activement dans le combat républicain et à développer sa propre conception du républicanisme. Il appartient à une génération qui doit défendre la voie républicaine contre la critique libérale professée au nom de la thématique de la « Liberté des Modernes », inaugurée par Benjamin Constant. Il est aussi et par là même l’un des acteurs d’un moment où la pensée républicaine se distingue et s’autonomise clairement de la pensée libérale, et, au moins pour partie, du socialisme. A cette fin, il puise dans la réflexion de Kant, mais aussi du jeune Fichte. Il ne néglige pas pour autant les Lumières françaises, Montesquieu notamment. Enrichissant sa pensée de ses relations avec ses collègues républicains, de son expérience d’exilé genevois et de militant internationaliste, de compagnon de Garibaldi et d’homme de confiance de Gambetta, d’élu local et de parlementaire enfin, il n’a de cesse de dénoncer le royalisme et le bonapartisme, tout en récusant le libéralisme conservateur et le socialisme collectiviste. Son républicanisme n’est cependant nullement négatif, articulant anthropologie, morale publique et privée, instruction publique, conceptions et pratiques constitutionnelles, économiques et sociales. Il disparaît à l’aube du triomphe de la République républicaine, son œuvre le suivant bientôt dans l’oubli. Après près d’un siècle d’amnésie à peu près complète, on redécouvre l’homme, ses écrits et ses idées. Son républicanisme est néanmoins sans doute aujourd’hui en partie obsolète, par  suite de la perte durable, sinon irréversible, d’un certain ethos républicain. Demeure cependant une pensée laïque, peut-être toujours utile pour concevoir le dépassement du dilemme entre libéralisme et communautarisme aux sens aussi bien français qu’anglo-saxon de ces termes.

ROZA Stéphanie,  stephanieroza@yahoo.fr, PRAG Philo,  Paris 1

Mably : jusnaturalisme, républicanisme et utopie

L’œuvre de Mably présente la caractéristique frappante d’être, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, l’objet de conflits d’interprétations extrêmement tranchés et vifs : alors que les révolutionnaires de toutes les tendances en ont revendiqué l’héritage, de la Constituante au Directoire, il a par la suite été considéré tantôt comme communiste utopique, tantôt comme penseur du droit naturel, ou enfin comme républicain classique. On a tour à tour insisté sur sa filiation aristotélicienne, lockéenne, rousseauiste. Nous voudrions montrer que ces différentes approches ne s’excluent pas forcément, mais qu’elles doivent être intégrées dans l’analyse d’une pensée dont il faut prendre en considération, à la fois l’évolution dans le temps, et les tensions internes. Apparait alors la figure d’un auteur qui n’est véritablement, ni communiste, ni républicain, mais chez qui l’utopie égalitaire sert d’idéal régulateur pour élaborer un projet politique paradoxal : en effet, tout en se voulant pragmatique et modéré, il a une portée finalement plus révolutionnaire que d’autres auteurs au ton bien plus radical.

WAHNICH Sophie,  sophiw@club-internet.fr, Directeur de Recherche , Histoire, CNRS-LAIOS

La critique postcoloniale de la république, une utopie de république en creux ?

Depuis 2005 et les émeutes de banlieue au moins, la critique postcoloniale de la République en France a pris de l'ampleur. Cette communication visera a montré comment cette critique tout en oubliant ou occultant les fondations républicaines révolutionnaires de 1792-1793, critique de fait une troisième république au nom d'idéaux qui  sont ceux de ce républicanisme de 1793. On pourrait alors considérer que cette critique n'est pas éloignée d'une manière de mettre en action l'utopie républicaine, même si c'est en creux. Nous analyserons les arguments des critiques postcoloniales, puis les mettrons en relation avec le républicanisme des fondations pour enfin interroger le bougé possible de la notion de République dans un contexte qui contrairement à celui de la marche des beurs de 1983 crée un écran entre l'événement révolutionnaire et la notion de république.

Atelier 3. Vendredi 24 septembre 2010, 9h-13h et  14h-18h, salle 307. La réforme agraire au passé et au futur

La Section histoire du Congrès Marx International VI, Crise, révoltes, utopies propose la réunion d’un Atelier de travail consacré a la discussion, dans une perspective historienne et marxiste, de cette problématique du monde contemporain. Il est ouvert aux spécialistes de l’étude de la réforme agraire de par le monde. Mais il voudrait aussi amorcer une réflexion sur la réalité des mondes ruraux actuels et des désastres humains et naturels provoqués dans les campagnes par plusieurs décennies d’un néolibéralisme mondialisé et impitoyable. Il voudrait également s’interroger sur le futur d’une lutte pour la réforme agraire, dans son sens originel, qui semble désormais plus actuelle que jamais.

Présentation

Organisateur  : Pablo F. LUNA, pablo-fernando.luna@paris-sorbonne.fr  Maître de conférences, Histoire, Université Paris Sorbonne, Paris IV

Président de séance : BÉAUR Gérard, Professeur, Histoire, GDR 2912, CRH – EHESS, CNRS
Président de séance : PIEL Jean,
Professeur émérite d'Histoire moderne et contemporaine de l'Amérique Latine, Université Denis Diderot, Paris 7

LUNA Pablo, pablo-fernando.luna@paris-sorbonne.fr  Maître de conférences, Histoire, Université Paris Sorbonne, Paris IV

Présentation et Introduction

PIEL Jean, Professeur émérite d'Histoire moderne et contemporaine de l'Amérique Latine,  Université Denis Diderot, Paris 7

Les réformes agraires, conditions de l'accès des paysanneries aux libertés

BARKIN David, barkin@correo.xoc.uam.mx  Professeur, Economie, Universidad Autonoma Metropolitana de México, Xochimilco, Mexique

Pour reconsidérer le nouveau rôle de la paysannerie en Amérique latine : Les nouvelles réalités communautaires rurales

Partout où elles se trouvent en Amérique latine, les communautés agraires et indigènes réagissent devant le rétrécissement de possibilités résultant de l’effort gouvernemental d’internationalisation économique. Leur réponse articule des stratégies locales et régionales d’autonomie visant l’autosuffisance à plusieurs niveaux, pas seulement sur le plan alimentaire mais aussi sur le plan des infrastructures, des services sociaux (par exemple, la santé et l’éducation), de la préservation et de la réhabilitation de l’environnement.
Cette communication voudrait apporter, à partir des expériences locales concrètes, une discussion sur les notions analytiques qui permettraient de comprendre ces stratégies productives et politiques, confrontées aux défis lancés aux communautés. Et ceci afin de mettre en relief une nouvelle approche pour élaborer des réponses « post-capitalistes ».

BREGIANNI Catherine, cbregiann@academyofathens.gr, Chercheuse-enseignante, Histoire, Université Ouverte Grecque, Grèce

Réforme agraire et monétisation de l’économie agraire en Grèce (de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale

Dans le but d’examiner la réforme agraire en Grèce, ayant eu lieu pendant la période de l’entre-deux-guerres, exprimant les objectifs politiques de la Première République Grecque, il a fallu observer premièrement l’évolution de la question rurale qui dans le pays s’est posée en même temps que celle de l’expansion territoriale. Ainsi, une première réforme a été appliquée au cours des années 1870, quand les terres nationales ont été partiellement divisées et octroyées aux paysans sans terre par le gouvernement libéral. La formation d’une classe sociale de petits propriétaires fonciers, orientée vers la culture des produits commerciaux, a ainsi été mise en œuvre, laquelle — en alliance avec les élites du Royaume — aurait pu soutenir les efforts de modernisation. Néanmoins, l’annexion de la Thessalie, en 1881, et ensuite celle de la Macédoine grecque en 1912, ont donné naissance à la question rurale, puisque le mode de production dominante y était la grande propriété foncière.
Outil des Etats réformateurs grecs, la reforme agraire des années 1920 a provoqué la création de mécanismes d’incorporation de l’agriculture à l’économie nationale, tels que les coopératives agricoles et la diffusion du crédit agricole. Ainsi, dans le secteur agricole ont été créés des réseaux techniques qui avaient en même temps une fonction sociale, tels les réseaux bancaires et les réseaux de coopératives agricoles. La protection de l’agriculture a également induit l’articulation des instituts étatiques visant à implanter dans le monde rural les méthodes de culture rationnelles. Sans doute, la politique modernisatrice de l’Etat grec pour l’économie agraire visait aussi à anticiper les protestations paysannes et à contrecarrer l’influence croissante du parti communiste à la campagne (étant donné qu’en Grèce la classe ouvrière était fortement liée au monde rural). La faillite du schéma linéaire « réforme agraire – monétarisation de l’économie rurale – expansion des coopératives agricoles » à la fin des années trente a été souvent approchée par l’historiographie moderne grecque comme étant le résultat de l’activité bancaire. Ιl est néanmoins clair que les mécanismes bancaires ne sont pas autonomes vis-à-vis du marché. Cet aspect nous aidera à formuler nos conclusions afin de nous approcher au présent, en ce qui concerne la situation actuelle de l’agriculture grecque, sous le prisme du néolibéralisme.

BROCHEUX Pierre, pib531@wanadoo.fr  Professeur, Histoire, Université Denis Diderot, Paris 7

Réforme agraire et Développement au Viet Nam : contradiction ou complémentarité ? (1953-1989)

Dans un but à la fois politique et économique les gouvernements au pouvoir dans le nord (République démocratique du Viet Nam) et dans le sud (République du Viet Nam) ont changé l'assiette foncière de leur paysannerie en appliquant des méthodes différentes. Les communistes du nord ont fait une révolution agraire à la manière chinoise avec référence à la lutte des classes, la mise en place de tribunaux populaires et sociodrames, expropriations et exécutions des personnes. Cette révolution agraire qui débute en 1953, utilise la violence physique et engendre des « erreurs » qui sont corrigées en 1956-1957.
Cette « correction » donne lieu à une redistribution des terres, qui n'est que le prélude à la collectivisation des campagnes jugée nécessaire à l'essor de la grande agriculture moderne qui doit accompagner et soutenir l'industrialisation. Le gouvernement du Sud Viet Nam applique tardivement (1970-1971) des procédures légales et non violentes (sur le modèle japonais et taïwanais).
La réforme renforce les rangs et le rôle économique de la petite et moyenne paysannerie qui fait échouer la collectivisation que les communistes veulent introduire dans le sud après avoir conquis et réunifié le pays (1975-1976). La réforme agraire du sud qui avait pour but politique de couper l'herbe sous les pieds des communistes, révèle son efficacité, elle est l’une des raisons déterminantes de la politique dite de Rénovation du gouvernement socialiste du Viet Nam. La Rénovation débute dans les campagnes et enclenche la dé-collectivisation, autrement dit un deuxième partage des terres. Le retour à l'exploitation familiale est aussi celui à l'économie de marché et à la spéculation commerciale et foncière. Cette évolution pose la question : le développement dans son sens classique ne favorise-t-il pas le retour à la concentration foncière et à la différenciation sociale dans campagnes ?

COHEN Arón, acohen@ugr.es  Professeur, Géographie,  Universidad de Granada, Espagne
FERRER Amparo, aferrer@ugr.es  Maître de conférences, Géographie, Universidad de Granada, Espagne

Des « sans terre » aux « sans papiers » ? Réflexions à propos des campagnes andalouses

Au lendemain de la mort de Franco la revendication d’une réforme agraire restait un des signes programmatiques de l’opposition antifranquiste la plus active. Au début des années 1980, au cœur de la Transition politique, le PSOE cumulant le gouvernement central et ceux des toutes récentes « autonomies » de l’Espagne méridionale, inspirait la Carte de l’Autonomie Andalouse. Un des objectifs affichés était la « réforme agraire entendue comme la transformation (…) des structures agraires » dans la région. Cet objectif est resté complètement inédit, et assez vite la remise à jour du vocabulaire, dans le discours politique dominant et dans les normes, a effacé la moindre source de malentendu : point de recours désormais à d’autres catégories que celles de la « modernisation » et de l’ « entreprise » agricoles.
Parallèlement, avec l’émergence de l’Espagne comme pays d’immigration, l’ « immigré » s’est quasiment substitué au « journalier » dans les discours en vogue… et comme objet d’analyse. Les sujets sociaux et la nature des dossiers ne sont plus les mêmes. Les réclamations des « papiers pour tous » et contre l’ « exclusion sociale » ne laisseraient-elles plus de place aux « questions agraires » ?

ESTEVAM Douglas, douglasestevam@mst.org.br Représentant du MST, Brésil, Mouvement des paysans sans terre, Brésil

Les limites de la reforme agraire au Brésil et les conséquences du renforcement du modèle de l'agrobusiness

Cette communication analysera les conséquences du modèle brésilien de l’agrobusiness, à partir de plusieurs points de vue. D’abord, du point de vue social, avec la reproduction d'une population de paysans sans terres. Ensuite, du point de vue économique, en fonction de la concentration de richesse qu'un tel modèle engendre, de la réduction du nombre de travailleurs agricoles, des problèmes concernant les conditions de travail, ou à propos de l’absence d’une politique publique pour la production vivrière, mais aussi du point de vue du rôle du capital financier dans la production agricole et dans la concentration des terres. Ce modèle se configure dans le cadre d'un marché de plus un plus internationalisé et dans un contexte de crise énergétique où la production d'agro-carburants se présente comme un secteur économique de grande importance.

FIGUEROA A. Víctor  Professeur, Histoire, Universidad Marta Abreu, Las Villas, Cuba

Cuba : une expérience de développement rural

Cette communication présente et résume l'expérience cubaine dans la mise en œuvre de la Loi de la réforme agraire de 1959. Elle explique les conditions objectives historiques qui ont conduit à cet événement ; elle présente aussi une analyse des premiers résultats obtenus. Cette communication fournit également les données statistiques illustrant la situation avant et après la mise en œuvre de la loi, ainsi que les principales caractéristiques particulières du cas cubain.

 GONZÁLEZ CASANOVA Pablo, casanova@servidor.unam.mx , Professeur, Histoire et Sociologie, Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM), Mexique

Emancipation, la lutte pour la terre et ses alternatives

JACOBS Susan, S.Jacobs@mmu.ac.uk, Reader in Comparative Sociology, Manchester Metropolitan University, UK

Gender and agrarian reforms : Critical reflections

Au cours des dernières années, lorsque l’on a parlé de la réforme agraire ou de la redistribution des terres, ce sont des sujets tels que la hausse des prix ou la sécurité alimentaires, ou l’appropriation des terres, qui ont concentré l’attention des spécialistes. Cette communication voudrait examiner l’impact des processus de réforme agraire sur les femmes, en particulier dans le modèle familial individuel. Dans des nombreux contextes et sous l’optique de la tenure et de la conduite des terres, les femmes se sont trouvées dans une situation défavorable, que ce soit du point de vue de la concession des titres de possession ou par la préférence accordée aux hommes comme chefs de famille.
Cependant, des groupes familiaux conduits par des femmes ont souvent obtenu des terres et dans certaines réalités, en Chine, au Viet Nam ou dans certains pays d’Amérique latine, on a essayé de garantir les droits à la terre des femmes mariées. L’exploitation des terres ouvre aux femmes la possibilité de la réussite mais il leur est toujours difficile d’accéder à la terre sur un même plan d’égalité que les hommes. L’une des questions posées est celle de la forme que ces droits devraient prendre : la coutume traditionnelle est fréquemment défavorable aux femmes, mais l’accès individuel aux titres de possession débouche souvent, surtout parmi les pauvres, à la dépossession des terres.
Cette communication examine ces faits et les tensions qu’ils ont provoquées, à partir de plusieurs études de cas, au Viet Nam, au Zimbabwe et au Brésil. Quel a été le rôle joué par le mouvement des femmes et les autres mouvements sociaux et comment devront-ils se consolider pour assurer, à l’avenir et sur le terrain, les droits des femmes ?

MESINI Béatrice, Mesini@mmsh.univ-aix.fr  Chargé de recherche, Sociologie politique, CNRS Telemme, Université d’Aix-en-Provence

 Dynamiques et enjeux de la réforme agraire dans les forums sociaux 2000-2008

Inscrite dans une sociologie des mobilisations collectives, cette analyse décentrée sur des segments de luttes locales et globales, se propose d’explorer la diversité et l’originalité des revendications portées par les acteurs paysans et ruraux dans les forums sociaux - locaux, nationaux, régionaux, continentaux et internationaux - mais aussi « généralistes » et « thématiques » entre 2000 et 2008. C’est suite au tournant néolibéral opéré dans les années 1990 sous l’effet des programmes d’ajustements structurels impulsés par les grandes institutions financières internationales (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, OMC…) que les sans-terre, journaliers, paysans familiaux, pêcheurs, peuples autochtones menacés, ruraux déplacés, femmes exploitées se sont en effet mobilisés sur la définition de leurs droits d’existence. Ils ont progressivement investi les forums sociaux, arguant de la centralité de leurs luttes dans les divers ateliers, plénières, séminaires, notamment autour des questions de domination et d’exploitation, dans les rapports de classe, de caste, de race et de genre.
Autour du thème de la réforme agraire, les associations, organisations et collectifs structurent et amplifient le cadre interprétatif d’une négation globale des droits humains fondamentaux mais aussi de la disparition orchestrée des usages communautaires et droits collectifs - économiques, sociaux, culturels, cultuels, environnementaux - sur les terres. Dans un premier temps, nous montrerons comment ces acteurs ruraux hétérogènes ont accompli, à partir des années 1990, un travail de convergence et de transnationalisation des luttes, sur la base de diagnostics partagés en termes de privation, d’exclusion, de pauvreté, d’exploitation et de misère. Sont en particulier incriminés la privatisation des ressources et des terres, la concentration et l’internationalisation du capital foncier, le maintien de structures sociales agraires héritées de la colonisation et/ou recomposée de façon multiforme par le développement durable, le développement de l’ « agrobusiness », le brevetage du vivant, la destruction des communautés de vie, les migrations forcées - internes et internationales -, l’exploitation et la violence dans les champs, ou encore la criminalisation et la répression des mouvements sociaux et des luttes syndicales.
En second lieu, nous mettrons au jour le double processus d’intrication des luttes paysannes, indigènes/autochtones, mais aussi d’articulation des luttes rurales et urbaines, réactivé dans les Forums sociaux en termes d’autonomie, de sécurité et de souveraineté alimentaire, gagnant progressivement l’ensemble des nations, des continents et des régions. Enfin, nous montrerons que l’expressivité des revendications dans ces tribunes relève d’une pluralité de luttes locales, singulières et diversifiées et que la « co-vision » de la Pacha Mama redessine, à partir de la définition de devoirs envers la « Terre commune », le contour des droits d’existence civils, politiques, économiques, sociaux, et culturels.

MARTÍNEZ Luciano,  Chercheur, Sociologie, FLACSO – Universidad de Quito, Equateur

Equateur, les nouveaux propriétaires après la réforme agraire

MIGNEMI Niccoló, mignic@gmail.com,, Doctorant, Histoire, EHESS Paris – Università degli Studi di Milano, Italie

Italie 1920-1950 : Vers la réforme agraire ou la réforme de l’agriculture ?

Les lois de réforme agraire de 1950 en Italie ont été adoptées sous la pression d’un mouvement paysan qui a débuté dans le Mezzogiorno en 1943-1944 et s’est diffusé dans toutes les campagnes du pays. Le fascisme, ruraliste dans son discours, l’était beaucoup moins dans ses pratiques, en dissimulant le progressif appauvrissement des petits paysans derrière la propagande du retour à la terre. C’est donc en suivant le sort des paysans, au moins depuis le début des années Vingt, alors qu’ils vivent une période de prospérité, interrompue par les décisions prises par le régime et par la crise des années Trente, que l’on pourra comprendre dans la longue durée la signification de l’explosion sociale des campagnes dans l’après-guerre. Ici par ailleurs, si les forces antifascistes ont pris conscience que la résolution de la question agraire, toujours renvoyée depuis l’unité politique de 1861, ne pouvait plus être esquivée, deux conceptions s’affrontent alors : d’un côté la perspective d’une réforme agraire générale, avec la réorganisation du secteur primaire dans son ensemble qui pouvait remettre en cause son rôle même dans le modèle de développement, de l’autre côté l’idée d’une réforme minimale, voire seulement foncière, limitée soit au niveau géographique, soit dans ses ambitions.

OLIVEIRA (de) Batista FernandoProfesseur, Agronomie, Universidade Politecnica de Lisboa, Portugal

La question de la terre aujourd’hui : Pour une comparaison entre le Portugal, le Brésil et l’Angola.

ROBLEDO Ricardo, rrobledo@usal.es Histoire Professeur Universidad de Salamanca, Espagne

La réforme agraire de la Seconde République espagnole : Une question déjà vue ?

La recherche sur la réforme agraire, qui a été une sujet central dans l’historiographie espagnole, plus ou moins jusqu’en 1980, a été ensuite peu à peu négligée voire oubliée ; ce qui n’a pas été par ailleurs l’apanage de la seule Espagne. D’un côté, le travail d’Edward Malefakis (Reforma agraria y revolución campesina en la España del siglo XX, Barcelona, Ariel, 1972) a joué jusqu’à un certain point un rôle dissuasif, ce qui a fait que certaines recherches ultérieures se sont souvent contentées de paraphraser une œuvre qui a été publiée il y a environ quarante ans. D’un autre côté, l’orientation internationale de la politique économique, mettant en question les réformes agraires latino-américaines, n’a pas été un facteur favorable pour encourager une telle recherche.
L’un des nombreux reproches adressés à la réforme agraire de la Seconde République espagnole a été son choix anti-latifundium, tout en mettant en opposition la rentabilité supposée de la grande exploitation face à l’inefficacité imputée au partage des terres. Ce serait l’un des aspects de la réforme agraire que les ingénieurs agronomes auraient mis en cause dans leurs rapports —des rapports très peu utilisés, par ailleurs. Mais il y aurait aussi un autre aspect, celui de la fonction sociale du latifundium, que l’on n’étudie pas d’une façon simultanée avec l’examen du fait réformateur, ce qui donne lieu à des perceptions partielles de la problématique. On néglige de préciser les avantages sociaux découlant de la perte par les propriétaires de leurs prérogatives politiques. En tout cas, la réforme agraire ne peut et ne doit être présentée comme une panacée et l’on peut tout autant apprendre de son échec — dans sa mise en application — que de son succès.

ROUX Bernard, bernard.roux@agroparistech.fr Chercheur, Agronomie, CESAER – INRA Agrocampus Dijon

Au Portugal : Vie et mort d’une réforme agraire prolétarienne

La « révolution des œillets » d'avril 1974 au Portugal a été suivie par des mouvements sociaux et des réformes qui, dans un premier temps, orientèrent la société portugaise vers le socialisme. L'évolution rapide des rapports de force politiques, en faveur des conservateurs, ne permit pas que cette orientation perdure. La réalisation d'une réforme agraire puis sa destruction, tout cela dans un bref délai de quelques années, doivent s'interpréter dans ce cadre. C'est au cours de l'année 1975 que les ouvriers agricoles, dont une majorité de journaliers, de l'Alentejo et du Ribatejo, dans la moitié sud du pays, soutenus par les forces progressistes au pouvoir, ont réalisé l'occupation de plus d'un million d'hectares des latifundia et des grandes exploitations capitalistes.
Cette réforme agraire peut être qualifiée de prolétarienne pour deux raisons : d'abord parce que son principal moteur a été le prolétariat rural, depuis toujours soumis à l'exploitation de la bourgeoisie agraire mais auteur de nombreuses luttes pour l'amélioration des conditions de travail et des salaires ; ensuite, en raison de la nature collective des nouvelles unités de production créées, certaines d'entre elles dépassant 10 000 ha. Avec le basculement du pouvoir à droite la contre réforme agraire fut mise en œuvre dès 1977. Les terres furent rendues aux grands propriétaires et les unités de production des ouvriers agricoles détruites.

SIRON Thomas, thomassiron@gmail.com  Doctorant, Anthopologie, EHESS Marseille

« Je ne demande pas d’argent pour cheminer ! » Le dirigeant paysan, la redistribution foncière et l’échange de loyautés politiques en Bolivie

« No pido plata para andar » : un dirigeant de la communauté Tierra Prometida signifait ainsi à ses « bases » qu’il n’exerçait pas sa fonction par intérêt pécuniaire et qu’en retour il était légitime à recevoir leur « appui ». C’est sur la dimension morale et politique du partage foncier, au sein d’un processus de réforme agraire, que je voudrais insister dans cette présentation. Je m’appuierai sur une recherche menée dans une communauté de « paysans sans terre » bolivienne (Tierra Prometida), fondée à la suite de la « prise » d’une propriété mise en vente par un « trafiquant de terre » et mobilisée depuis pour obtenir de l’Etat central un titre foncier et une personnalité juridique.
Ce sont les deux buts ultimes de l’andar (cheminement) du dirigeant « au dehors » de la communauté (dans le monde de la politique). La « redistribution » de la terre se présente donc à la fois comme un transfert de droits fonciers entre une classe de possédants et une classe de travailleurs et comme un procès de distribution de droits et d’obligations au sein d’un corps politique. Le dirigeant paysan joue un rôle central dans le rapport redistributif qui s’instaure et se noue simultanément à l’échelle communale et nationale, rapport qui conditionne la transformation de la structure foncière à un échange de loyautés politiques parfois fluide et imprévisible.

THIVET DelphineDoctorante,Sociologie, IRIS – EHESS

Dynamiques et enjeux de la réforme agraire dans les forums sociaux 2000-2008

Inscrite dans une sociologie des mobilisations collectives, cette analyse décentrée sur des segments de luttes locales et globales, se propose d’explorer la diversité et l’originalité des revendications portées par les acteurs paysans et ruraux dans les forums sociaux - locaux, nationaux, régionaux, continentaux et internationaux - mais aussi « généralistes » et « thématiques » entre 2000 et 2008. C’est suite au tournant néolibéral opéré dans les années 1990 sous l’effet des programmes d’ajustements structurels impulsés par les grandes institutions financières internationales (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, OMC…) que les sans-terre, journaliers, paysans familiaux, pêcheurs, peuples autochtones menacés, ruraux déplacés, femmes exploitées se sont en effet mobilisés sur la définition de leurs droits d’existence. Ils ont progressivement investi les forums sociaux, arguant de la centralité de leurs luttes dans les divers ateliers, plénières, séminaires, notamment autour des questions de domination et d’exploitation, dans les rapports de classe, de caste, de race et de genre.
Autour du thème de la réforme agraire, les associations, organisations et collectifs structurent et amplifient le cadre interprétatif d’une négation globale des droits humains fondamentaux mais aussi de la disparition orchestrée des usages communautaires et droits collectifs - économiques, sociaux, culturels, cultuels, environnementaux - sur les terres. Dans un premier temps, nous montrerons comment ces acteurs ruraux hétérogènes ont accompli, à partir des années 1990, un travail de convergence et de transnationalisation des luttes, sur la base de diagnostics partagés en termes de privation, d’exclusion, de pauvreté, d’exploitation et de misère. Sont en particulier incriminés la privatisation des ressources et des terres, la concentration et l’internationalisation du capital foncier, le maintien de structures sociales agraires héritées de la colonisation et/ou recomposée de façon multiforme par le développement durable, le développement de l’ « agrobusiness », le brevetage du vivant, la destruction des communautés de vie, les migrations forcées - internes et internationales -, l’exploitation et la violence dans les champs, ou encore la criminalisation et la répression des mouvements sociaux et des luttes syndicales.
En second lieu, nous mettrons au jour le double processus d’intrication des luttes paysannes, indigènes/autochtones, mais aussi d’articulation des luttes rurales et urbaines, réactivé dans les Forums sociaux en termes d’autonomie, de sécurité et de souveraineté alimentaire, gagnant progressivement l’ensemble des nations, des continents et des régions. Enfin, nous montrerons que l’expressivité des revendications dans ces tribunes relève d’une pluralité de luttes locales, singulières et diversifiées et que la « co-vision » de la Pacha Mama redessine, à partir de la définition de devoirs envers la « Terre commune », le contour des droits d’existence civils, politiques, économiques, sociaux, et culturels.

TORTOLERO Alejandro, Professeur, Histoire, Universidad Autónoma Metropolitana de México, Iztapalapa, Mexique

La réforme agraire de la révolution mexicaine

 (Sous réserve)Syndicaliste,  FRONT EZEQUIEL ZAMORA

Une réforme bolivarienne au Venezuela

Atelier 4. samedi 25 septembre 2010, 9h30-13h, salle 307. Expériences de la gauche dans le Moyen Orient contemporain (XIX°-XX° siècles)

 Coordonné par MONCIAUD Didier, monciaud@yahoo.com, Chercheur en histoire, associé au GREMAMO (Groupe de Recherche sur le Maghreb et le Moyen Orient, université Paris VII) et membre du comité de rédaction des Cahiers d’Histoire, Revue d’Histoire Critique

Présentation de l'atelier

 EL SHAFEI Omar, omarshafei@hotmail.com, Droit international, Doctorant, Université Paris VII, SEDET

La gauche égyptienne et le partage de la Palestine : le problème de l’interprétation historique 

 DUMONT Paul, pdumont@umb.u-strasbg.fr, historien spécialiste d'histoire turque et balkanique et directeur du Département d’études turques de l’Université Marc Bloch de Strasbourg.

Autour de la question du socialisme ottoman

 MONCIAUD Didier, monciaud@yahoo.com Chercheur en histoire, associé au GREMAMO (Groupe de Recherche sur le Maghreb et le Moyen Orient, université Paris VII) et membre du comité de rédaction des Cahiers d’Histoire, Revue d’Histoire Critique

Du pacifisme à l’anticolonialisme : l’expérience de Ligue Pacifiste (ansâr al salâm), matrice du renouveau de la gauche dans l’Egypte des années 1930 »

 AL ZAILAEE Siddig, s.elzailaee@londonmet.ac.uk, Chercheur en sciences sociales, Working Lives Research Institute (Manchester)

La gauche et la question syndicale au Soudan