Colloque

" Aux frontières du salariat : autonomie ou précarité ? "

13 octobre 1999, à l'Université de Paris-X -Nanterre
Salle de la Maison Max Weber (Batiment K), 9 h à 20 h.

Ce colloque s'est tenu comme prévu et a rassemblé une cinquantaine de chercheurs, sociologues, économistes et philosophes. Une parution des actes est envisagée.

 

Lors du Congrès Marx International II (octobre 1998), les divers ateliers du pôle Sociologie ont donné lieu à des confrontations fructueuses sur le thème des " classes sociales " . Un dossier issu de ces rencontres, avec des articles de R. Castel, M. Verret, L. Chauvel, P. Bouffartigue, M. Oberti, L. Mucchielli et J. Lojkine, figure dans Salariat et classes sociales aujourd'hui, PUF, septembre 1999, revue Actuel Marx, N° 26.

Nous nous proposons de prolonger ces rencontres avec des champs disciplinaires en organisant une journée d'études sur les nouvelles frontières du salariat, en confrontant analyses sociologiques, juridiques et analyses économiques.

Lors du Congrès Marx, nous avions notamment abordé le thème de la pérennité d'une structure de classe (Castel, Chauvel, Lojkine, Mauger), des classes moyennes (Bidou), du salariat d'encadrement (Bouffartigue), des relations entre classes et générations (Chauvel, Beaud), des relations entre conscience de classe et conscience sociale chez les jeunes des milieux défavorisés (Oberti, Mucchielli, Bouhnik, Simonet), etc. Nous souhaiterions aujourd'hui réfléchir sur les nouvelles frontières du salariat et le sens des mutations à l'œuvre dans la structure de classe et dans les formes du travail aujourd'hui.

On partira des questions posées par un certain nombre de travaux sociologiques récents, qui ont mis en avant l'essor de formes nouvelles du travail à la fois plus " flexibles ", plus précaires mais aussi plus autonomes, dans et hors du salariat :

- s'agit-il d'un nouvel avatar du " taylorisme ", de la domination du capital, de l'exploitation de la force de travail, corollaires de la décomposition du modèle " fordiste " ?

- ou au contraire du produit des aspirations " individualistes " de la nouvelle génération, attirée par des métiers à fort risque (de chômage, de précarité), mais plus responsabilisants et plus créatifs, comme les métiers de l'informatique, de l'information et de la culture, les créations de micro-entreprises (essaimage, etc.) ?

- ou encore d'un essor du travail indépendant, ou hybride, mi-indépendant, mi-salarié, comme dans les professions de l'information et des spectacles ?

Plus largement encore, dans le salariat lui-même, les nouvelles formes de travail en groupe et d'auto-organisation du travail sont-elles un simple prolongement du taylorisme ? Ou reflètent-elles de manière ambivalente à la fois des formes nouvelles de domination (intériorisation de charges de travail, auto-exploitation) et des aspirations réelles à plus d'autonomie dans le travail, que les directions doivent prendre en compte ?

Le traitement " idéalisé " par le management d'entreprise des professions artistiques, comme modèle du travail flexible et autonome des cadres, des groupes de projet, relève-t-il d'une nouvelle " ruse " idéologique du management capitaliste visant à intégrer les salariés, ou, de façon plus complexe, d'un enjeu pour tous les acteurs de l'entreprise, y compris les organisations de salariés ? Un tel enjeu n'est pas gagné d'avance par des directions confrontées à un véritable double bind : 1) face à la course effrénée à la productivité et à la rentabilité court terme, traiter les cadres et tous les collaborateurs " indirects " comme les autres salariés, donc comme un coût du travail à réduire, comme une main d'œuvre précaire à économiser ; 2) " mobiliser l'intelligence dans l'entreprise " et donc tout faire pour fixer ces salariés et leur permettre de s'identifier à l'entreprise. Les récentes " révoltes des cadres " à propos des accords pour la RTT (refus des heures de travail gratuites) n'expriment-elles pas cette fracture qui s'élargit entre cadres et directions au fur et à mesure que ce " salariat de confiance " est plus précarisé par les plans de restructuration des entreprises ?

La question ne vaut pas seulement pour l'entreprise industrielle capitaliste. Elle concerne aussi les emplois qualifiés des services publics mais aussi privés, où domine un travail relationnel fondé sur la " relation sociale de service " (transports collectifs, services sociaux, hôpital, éducation nationale, mass-médias, etc.) étudiée par les sociologies interactionnistes, mais aussi par l'économie des services (J. Gadrey) ?

Ce questionnement sociologique, axé sur la signification et la portée de nouvelles formes de travail, plus flexibles, plus précaires et plus autonomes (s'agit-il d'un pur phénomène d'exploitation de la force de travail ? d'un retour au XIXe siècle ? ou de dépassements ambivalents, contradictoires, du salariat industriel classique tel qu'il s'est forgé au XIXe et XXe siècle ?) pourrait rencontrer les questions que posent les juristes (A. Supiot, 1999) sur le décalage entre l'actuel droit du travail (fondé sur une hypothétique relation de subordination d'un salariat d'exécution, masculin, stable, à CDI) et des formes de travail précaires, flexibles, mais aussi plus autonomes.

 

 

Matinée : 9 h. 30 à 13 h

Les métamorphoses du salariat : renouvellement, crise ou dépassement du capitalisme ?

Présidence : Gérard Dumenil

Luc Boltanski et Eve Chiapello : Le nouvel esprit du capitalisme

Jean-Pierre Durand : Le Macdonisme ou l'implication contrainte

Jean Lojkine : Le nouveau salariat du capitalisme informationnel 

Après midi : 14 h 30 - 18 h

 Le nouveau travail flexible : autonomie ou précarité ?

 Présidence : Jean Lojkine

Béatrice Appay : L'autonomie contrôlée. Aux racines de la précarisation sociale

Pierre Michel Menger : La démultiplication des statuts d'emploi : quels défis pour l'analyse sociologique ?

Thomas Coutrot : Pour une refondation-dépassement du marché du travail

 

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