Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination

Sous la direction d'Elsa Dorlin

avec la collaboration d'Annie Bidet Mordrel

Collection Actuel Marx Confrontation, 320 pages, 28 euros.
Novembre 2009

[Tables des matières]  [Auteurs]

La pensée féministe s’est historiquement attachée, depuis, voire en dehors de, la tradition matérialiste, à montrer que le rapport de classe n’épuise pas l’expérience de la domination vécue par les femmes et, plus généralement, par les minorités sexuelles. Plus encore, en élaborant des outils d’analyse tels que le « mode de production domestique », les « rapports sociaux de sexe » ou le « rapport de genre », la pensée féministe a travaillé sur l’imbrication des rapports de pouvoir : dénaturalisant la catégorie de « sexe » à l’aune de ses déterminations historico-sociales.

Depuis quelques années en France, la réflexion sur l’imbrication des rapports de pouvoir s’est complexifiée davantage, notamment sous l’influence des travaux nord et sud américains, mais aussi caribéens ou indiens. Les problématiques relatives aux identités sexuelles, aux régimes de sexualité, mais aussi celles articulant le genre et la Nation, la religion et/ou la couleur, ont permis de développer un véritable champ de réflexion. La question cruciale de l’articulation du sexisme et du racisme, notamment, a ainsi renouvelé tout autant l’agenda des mouvements féministes que la recherche universitaire.

Cet ouvrage a pour but d’interroger les différents outils critiques pour penser l’articulation des rapports de pouvoir. Tout en interrogeant leur mode propre de catégorisation (les catégories de « sexe » et de « race » ont-elles méthodologiquement le même statut que la classe ? À quelles conditions utiliser la catégorie de « race » comme une catégorie d’analyse ? L’analyse en termes de classe a-t-elle été éclipsée par l’analyse croisée du sexisme et du racisme, après les avoir longtemps occultés ?...) cet ouvrage discute les différents modes de conceptualisation de ce que l’on pourrait appeler « l’hydre de la domination » : analogique, arithmétique, géométrique, généalogique.

A partir de différentes traditions disciplinaires (sociologie, science politique, philosophie, psychologie, littérature…), les contributions ici réunies présentent un état des lieux des diverses appréhensions de l’imbrication des rapports de pouvoir - « intersectionnalité », « consubstantialité », « mondialité », « postcolonialité », … et, ce faisant, (re)dessinent les contours d’une véritable épistémologie de la domination.

 

 

TABLE DES MATIERES

Introduction

 

Elsa Dorlin, Vers une épistémologie des résistances

 

division sexuelle et raciale du travail

Evelyn Nakano Glenn, De la servitude au travail de service : les continuités historiques de la division raciale du travail reproductif payé [traduit de l'anglais par léo thiers vidal

Jules Falquet, La règle du jeu. Repenser la co-formation des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race » dans la mondialisation néolibérale...

Marylène Lieber, Clivages ethniques, domination économique et rapports sociaux de sexe. Le cas des Chinois de Paris

 

l’intersectionnalité en débat

Danièle Kergoat, Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux.        

Patricia Purtschert et Katrin Meyer, Différences, pouvoir, capital. Réflexions critiques sur l’intersectionnalité [[traduit de l'allemand par Diane Koch]

 

Féminisme et orientalisme

Chandra Talpade Mohanty, Sous le regard de l’Occident : recherches féministes et discours colonial [traduit de l'anglais par Brigitte Marrec]

Sabine Masson, Sexe, race et colonialité. Point de vue d’une épistémologie postcoloniale latino-américaine féministe

Sarah Bracke, Antigone, le foulard et la République

 

 

genealogie de la « blanchite »

Sarah Al-Matary, « Gare au Juif ! » : Le Gorille d’Oscar Méténier, portrait du Sémite enleveur de femmes

Pascale Molinier, Autre chose qu’un désir de peau… Le Nègre, La Blanche et le Blanc dans deux romans de Dany Laferrière

Ina Kerner, Les défis des Critical Whiteness Studies [traduit de l'allemand par Diane Koch]

 

Violence du pouvoir et pouvoir de la violence

Mara Viveros, Différences locales, générationnelles et biographiques dans les identités masculines en Colombie

Eric Fassin, Les frontières de la violence sexuelle

 

AUTEURS

 

Sarah Al-Matary, ancienne élève de l'ENS LSH, membre de l'UMR 5611 LIRE, a soutenu une thèse de littérature comparée portant sur l'idée de « race latine » dans les essais et les romans (France-Amérique latine, 1860-1933). Elle s'intéresse à l'histoire des idées, notamment à la représentation des altérités et aux transferts culturels. Actuellement, elle travaille sur la construction des identités nationales dans les revues (XIXe-XXe siècles), ainsi que sur l’l'histoire de l'anti-intellectualisme en France (XIXe-XXIe siècles).

 Sarah Bracke est Marie Curie fellow en études féministes à l'Université d'Utrecht (Pays-Bas) et chercheuse associée en anthropologie à l'Université de Californie, Santa Cruz (US). Elle travaille sur la religion, le sécularisme et la modernité, à travers la problématique de la subjectivité et de la différence sexuelle. Sa thèse de doctorat traite des questions soulevées par la participation de femmes aux mouvements religieux (chrétiens et islamiques) qui contestent la sécularisation dans un contexte européen. Sa recherche actuelle explore et interroge des notions et des épistémologies séculières. Elle a notamment publié dans Theory Culture and Society, European Journal of Women's Studies et Multitudes. Elle fait partie du réseau NextGenderation, un réseau transnational européen d'étudiant-e-s, chercheuses et militantes engagées sur les questions de théories et politiques féministes en lien avec d'autres luttes.

 Elsa Dorlin est maîtresse de conférences en philosophie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France. Elle est membre de l’Equipe d’Accueil « Philosophies contemporaines » (Paris 1), et co-responsable de l’ANR Jeunes cheurcheurses/eurs « BIOSEX » (2007-2010). Ses sujets de recherche portent sur la philosophie et l’histoire de la médecine, dans une perspective foucaldienne, la philosophie féministe et les théories post-coloniales. Elle est notamment l’auteur de La Matrice de la race : généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, Paris, La Découverte, 2006 et de Sexe, genre et sexualités. Introduction à la théorie féministe, Paris, Puf, 2008. Elle est membre du réseau européen NextGenderation.

 Jules Falquet est maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Paris Diderot, membre du CSPRP (Centre de sociologie des pratiques et des représentations politiques) et co-responsable du CEDREF (Centre pour les enseignements, la documentation et la recherche en études féministes). Ses travaux actuels portent sur la ré-organisation des rapports sociaux de pouvoir de sexe, classe et « race » dans la mondialisation néolibérale, le rôle des Institutions internationales et des États dans la mise en place de la mondialisation et les résistances produites par les mouvements sociaux, de femmes et féministes notamment, à partir de terrains latino-américains et des Caraïbes. Elle travaille également sur le genre des migrations et la critique du développement, ainsi que sur les théories féministes matérialistes et lesbiennes francophones. Elle est membre des comités de rédaction des revues Nouvelles Questions Féministes, Cahiers du Genre et Cahiers du CEDREF. Elle a publié en français, en espagnol et en portugais principalement. Son dernier ouvrage personnel est paru en 2008 : De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation, Paris, La Dispute.

 éric Fassin est professeur agrégé, Département de sciences sociales, Ecole normale supérieure, chercheur à l’Iris (CNRS / EHESS). Ses recher­ches portent sur l’actualité des questions sexuelles et des questions raciales. Ce travail porte à la fois sur la politisation des questions sexuelles et raciales et, en retour, sur la sexualisation et la racialisation de la politique, dont l'enjeu est la naturalisation des rapports sociaux comme la redéfinition des identifications et identités normatives – avec par exemple les controverses autour du « mariage homosexuel », sur la parité, sur les statistiques de la diversité autant que sur la participation des « minorités visibles » à la vie politique. Il est l'auteur de nombreux articles dans des revues francophones, hispanophones et anglophones. Il a notamment écrit, L'inversion de la question homosexuelle, Paris, Amsterdam, 2005 et a dirigé avec Didier Fassin, De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française, Paris, La Découverte, 2006.

 Danièle Kergoat est sociologue, directrice de recherche émérite au CNRS. Elle a créé le GEDISST (Groupe d’étude sur la division sociale et sexuelle du travail, devenu maintenant le CRESPPA-GTM), premier laboratoire français travaillant centralement sur le genre. Elle a également créé et est actuellement responsable du Réseau thématique de l’Association française de sociologie intitulé « Genre, classe, race. Rapports sociaux et construction de l’altérité » ainsi que de la collection « Le genre du monde » au sein des éditions La Dispute. Elle a publié des ouvrages sur les ouvrières, le travail à temps partiel, le mouvement des infirmières de 1989, la division sexuelle du travail. Ses recherches sont centrées sur le genre et les rapports sociaux de sexe, le travail, le concept de rapport social, les mouvements sociaux

Ina Kerner est une théoricienne en sciences politiques et "Juniorprofessorin", maîtresse de conférences en politiques de la diversité à la Humboldt-Universität de Berlin. Ses centres d’intérêt portent sur la théorie politique, les théories féministes et de genre, les études postcoloniales ainsi que sur les questions de la diversité et les études sur l’intersectionnalité. Elle a notamment publié Differenzen und Macht. Zur Anatomie von Rassismus und Sexismus, Frankfurt/M. and New York, Campus Verlag. ina.kerner@sowi.hu-berlin.de

 

Marylène Lieber est chercheuse associée à la Maps (Maison d'analyse des processus sociaux), Université de Neuchâtel, Suisse et au CEFC (Centre d'études français sur la Chine Contemporaine), Taipei, Taiwan. Ses travaux concernent la façon dont le genre interfère avec les politiques publiques de sécurité, de même que son incidence sur les représentations et les pratiques dans l'espace public des femmes et des hommes. Ils portent également sur les relations conflictuelles entre les diverses couches de la population chinoise de Paris. Aujourd'hui, elle participe à la recherche collective, « Migrations chinoises en Suisse : structures et dynamiques des réseaux », financée par le Fonds national de la recherche scientifique suisse. Ses réflexions s'articulent autour des liens, mais également des clivages, qui existent au sein de la « communauté » chinoise, en portant une attention particulière aux effets structurants des rapports sociaux internes au groupe (de sexe, de catégorie socio-professionnelle, de provenance géographique, etc. ), et aux mécanismes de production (ou non) d'une identité collective.

 Sabine Masson est sociologue, chargée de recherche à l'Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID). Ses thèmes de recherche portent sur le genre et les théories féministes, les théories postcoloniales et subalternes, le racisme, le colonialisme, la mondialisation, la citoyenneté et les mouvements indigènes en Amérique latine. Elle mène actuellement une recherche sur l'impact et les résistances face aux projets touristiques et d'extraction et l'application du droit à l'autodétermination des peuples indigènes au Honduras. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Nouvelles Questions Féministes, Revue internationale francophone. Elle a notamment publié (2006) « Sexe/genre, classe et race : décoloniser le féminisme dans un contexte mondialisé. Réflexions à partir de la lutte des femmes indiennes au Chiapas », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, n°3.

 Katrin Meyer est chargée de cours en philosophie à l'Université de St-Gall (Suisse). Ses travaux portent principalement sur les théories du pouvoir et de la violence, sur la théorie politique féministe et sur la philosophie de l'histoire. Actuellement, elle travaille sur la notion de sécurité dans une perspective philosophique et sur l'analyse du pouvoir en relation à Thucydide, Foucault et Arendt. Elle a notamment publié : « Rational Regieren. Michel Foucault, die Frankfurter Schule und die Dialektik der Gouvernementalität » in Richard Faber/Eva-Maria Ziege (Hg. ), Das Feld der Frankfurter Kultur-und Sozialwissenschaften nach 1945, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2008, pp. 87-102 ; « L’ambiguïté de l’archein : La violence pré-politique selon Arendt », in Hannah Arendt. Pouvoir, Pensée, Jugement politique au XXe et XXIe siècle, éd. par Marie-Claire Caloz-Tschopp, 2008.

 Chandra Talpade Mohanty est Professor of Women’s Studies, Syracuse University (US). Ses recherches portent sur la théorie féministe transnationale, le genre et la globalisation du point de vue des logiques raciale, nationale et sociale, sur le colonialisme, l’impérialisme et la culture, enfin, sur l’éducation anti-raciste. Elle travaille actuellement sur les praxis féministes anti-impérialistes dans le monde universitaire comme dans les mouvements sociaux. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Signs, A Journal of Women in Culture and Society. Elle a notamment publié Feminism Without Borders : Decolonizing Theory, Practicing Solidarity, Durham and London, Duke University Press, 2003.

 Pascale Molinier est maître de conférences en psychologie au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Ses recherches portent sur les rapports entre travail, sexualité et genre et sur l'épistémologie féministe. Elle s'intéresse plus particulièrement à l'analyse des situations du travail de care, notamment le travail infirmier, et mène actuellement une recherche comparative France-Colombie sur la relation employeuse-employée domestique et leur perception de la ligne de partage entre service et servitude. Elle est rédactrice en chef de la revue Travailler. Elle a publié L’énigme de la femme active, Payot, 2003, Poche, 2006 ; Les enjeux psychiques du travail, Payot, 2006, nouvelle édition, 2008. Elle a contribué à de nombreux ouvrages collectifs dont Le souci des autres, coordonné par Patricia Paperman et Sandra Laugier, aux Editions des Hautes Études en sciences sociales en 2006. Elle a édité et introduit Théorie queer et cultures populaires, La Dispute, 2005, le premier recueil en français de Teresa de Lauretis.

 Evelyn Nakano Glenn est Professor of Women’s Studies and Ethnic Studies, Berkeley University (US). Ses sujets de recherches portent sur l’économie politique du travail domestique à l’intersection de la « race », du genre, de la citoyenneté et des migrations. Elle consacre ses travaux actuels à l’étude des femmes japonaises américaines employées dans le travail domestique aux États-unis depuis la fin des années quarante. Elle a fondé le Center for Race and Gender à l’Université de Berkeley. Elle est notamment l’auteur de Unequal Freedom. How Race and Gender Shaped American Citizenship and Labor, Boston, Harvard University Press, 2003.

 Patricia Purtschert est philosophe et maîtresse de conférence au Centre Gender Studies de l'Université de Bâle. Ses travaux portent principalement sur la philosophie féministe, le post-colonialisme, le pouvoir et l'altérité, les Queer et Gender Studies. Elle travaille actuellement sur la « Suisse postcoloniale », sur les politiques de sécurité et sur la figure de « l'état de nature » dans la modernité. Elle a notamment publié Grenzfiguren. Kultur, Geschlecht und Subjekt bei Hegel und Nietzsche, avec une préface de Judith Butler, Frankfurt, New York, Campus, 2006, ainsi que Gouvernementalität und Sicherheit. Zeitdiagnostische. Beiträge im Anschluss an Foucault, avec Katrin Meyer et Yves Winter, Bielefeld, 2008.

 Mara Viveros Vigoya est professeure au Département d'anthropologie et à l'École d'études de Genre de l'Université Nationale de Colombie. Ses recherches portent sur les entrecroisements de genre, sexualités, race et ethnicité, sur les droits sexuels et reproductifs et sur les masculinités. Elle travaille actuellement sur les trajectoires sexuelles et l'avortement en Colombie, et sur les trajectoires d'ascension sociale des classes moyennes noires en Colombie. Coordinatrice du Groupe Interdisciplinaire d'Études de Genre (GIEG) de l'Université Nationale de Colombie, elle a notamment publié De quebradores y cumplidores ; Hombres e Identidades de género en Colombia, Universidad Nacional de Colombia, 2002. Raza, etnicidad y sexualidades. Ciudadanias y multiculturalismo en America Latina, coéditrice avec Petr Wade et Fernando Urrea, Universidad Nacional de Colombia, 2008.