Penser avec Donna Haraway

Sous la direction d’Elsa Dorlin et Eva Rodriguez

Collection Actuel Marx Confrontation (248 pages, 22 euros)
Juin 2012

[Table des matières]   [Auteurs]

    Donna Haraway est l’une des figures majeures du féminisme contemporain. Biologiste de formation, philosophe et historienne des sciences, ses recherches interrogent les savoirs technoscientifiques contemporains et leur puissance mythique. Héritière de la tradition de la philosophie marxiste comme du féminisme matérialiste, celui des « épistémologies du point de vue » notamment, elle questionne les effets de pouvoir des récits qui réifient les grandes divisions propres à la Modernité : nature v. culture, animal v. humain, homme v. femme, organique v. technique, biologique v. social, sujet v. objet…
    Célèbre pour la façon dont elle a détourné la figure du « cyborg », cet organisme cybernetique produit de la science-fiction, du militarisme, de l’impérialisme et du patriarcat, Haraway a ouvert la voie à un féminisme post-humain, insolent et geek qui rompt avec une certaine tradition essentialiste et technophobe. Son Cyborg est ce personnage hybride, tragique et ambigu, à partir duquel il est possible de décrire nos conditions matérielles d’existence et d’inventer nos devenirs politiques.
    Donna Haraway nous invite à décoder et à recoder les réseaux, les imaginaires et les technologies de pouvoir afin d’expérimenter d’autres points de vue, d’autres manières de voir, de penser et de faire, de construire des politiques de coalitions, d’alliances et de co-évolutions inédites. Les créatures du passé ou les personnages de science fiction, les extensions technologiques, les espèces animales « domestiques », les primates, ou encore les êtres génétiquement modifiés comme la souris OncoMouse™, sont autant de compagnons de route avec qui nous partageons le monde et qui sans cesse nous interpellent et nous engagent.
    Cette perspective dans le développement de la pensée de Haraway est pleinement exprimée dans son texte Les Promesses des monstres, pour la première fois traduit en français dans le présent volume. Cette promesse est accompagnée d’une dizaine de contributions inédites autour de l’œuvre de Donna Haraway, écrites par des philosophes, des historiens ou des sociologues, situés dans différents champs et traditions de pensée, engagés dans différentes pratiques et histoires politiques.

 

Table des matières

Introduction

En compagnie de Donna Haraway

Elsa Dorlin et Eva Rodriguez

1. En finir avec l’innocence

Dialogue avec Isabelle Stengers et Donna Haraway

Vinciane Despret

2. With whose blood were my eyes crafted? (D. Haraway) Les savoirs situés comme la proposition d’une autre objectivité

Benedikte Zitouni

3. Technologies touchantes, visions touchantes. La récupération de l’expérience sensorielle et la politique de la pensée spéculative

María Puig de la Bellacasa

Traduit de l’anglais par Diane Koch

4. « If I have a dog, my dog has a human »

Emilie Hache

5. Donna Haraway et les technologies de l’ordinaire

Madeleine Aktypi

6. Cyborg et Cyberpunk

David Sakoun

7. Penser la figuration chez Donna Haraway avec Walter Benjamin : un « espace métaphorique de résistance »

Eva Rodriguez et Malek Bouyahia

8. Les Promesses des monstres : Politiques régénératives pour d’autres impropres/inapproprié-e-s

Donna Haraway

Traduit de l’anglais (USA) par Sara Angeli Aguiton

9. Le voyage vers ailleurs : Mindscapes politiques et scientifiques

Sara Angeli Aguiton

Auteurs

Sara ANGELI AGUITON est doctorante en sociologie au Centre de Sociologie des Organisations (CNRS - Sciences-Po) depuis 2010. Ses recherches portent sur la biologie synthétique, et tout particulièrement sur les risques, les enjeux éthiques et sociaux. Elle s'intéresse aux récits et dispositifs politiques que construisent les technologies émergentes, aux controverses qui entourent les biotechnologies et aux relations entre sciences et critiques.

Madeleine AKTYPI est diplômée en philosophie des médias et en littérature à Athènes. Ses travaux de recherche portent sur les « nouvelles » aussi bien que les « anciennes » technologies ; sur la science-fiction aussi bien que sur l'art. Depuis 1997, elle écrit des textes théoriques portant sur des enjeux aussi bien philosophiques qu’artistiques ou technologiques. Elle effectue par ailleurs des traductions de textes théoriques, de Jacques Derrida à Lev Manovich en passant par Elisabeth Lebovici. Elle a également dirigé la section Web Interfaces de la revue Anomalie n°3 et dispensé des cours sur l’histoire textuelle et l'esthétique des ordinateurs au département hypermédia de Paris 8. Depuis 2010, elle est chercheuse au sein de l’unité de recherche DatAData que dirige Catherine Beaugrand à l'ENSBA de Lyon. Actuellement, elle effectue un cycle de conférences sur l’art des jardins et l’art moderne et contemporain au Centre Pompidou.

Malek BOUYAHIA est doctorant en science politique à l'Université Paris VIII, membre du Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris (GTM-CRESPPA) ainsi que du Laboratoire de théorie politique (LABTOP). Il travaille sur le discours médical et son impact sur les processus de construction des identités postcoloniales. Il a récemment publié au Cahiers du genre ( 50/2011), « Genre, sexualité et médecine coloniale. Impensés de l'identité ‘indigène’ ».

Vinciane DESPRET est chercheuse au département de Philosophie de l’Université de Liège. Psychologue et Philosophe, elle explore le domaine des pratiques et des savoirs concernant les relations entre les humains et les animaux et parfois celles des humains entre eux. Elle a publié notamment Quand le loup habitera avec l’agneau ; Hans le cheval qui savait compter ; Ces émotions qui nous fabriquent chez les Empêcheurs de Penser en rond ; Bêtes et Hommes chez Gallimard; Penser comme un rat chez Quae et, avec Jocelyne Porcher, Etre bête, aux éditions Actes Sud.

Elsa DORLIN est professeure de philosophie politique et sociale à l’Université Paris 8 Saint-Denis. Elle a été co-responsable avec Thierry Hoquet (Université Paris 10) de l’équipe de recherche ANR-BIOSEX de 2007 à 2011, portant sur l’histoire des conceptions et des représentations du sexe dans les sciences biologiques et médicales modernes et contemporaines. Spécialiste d’épistémologie et de théorie féministes, elle est notamment l’auteur La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, Paris, La Découverte, 2006 et de Sexe, genre et sexualités, Paris, Puf, 2008.

Emilie HACHE est MCF en philosophie à Nanterre, ses recherches portent sur la philosophie environnementale, plus particulièrement sur le renouvellement théorique qu’elle engage en philosophie politique, morale comme en épistémologie. Elle a publié, entre autres, Ce à quoi nous tenons. Propositions pour une écologie pragmatique, Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2011.

María PUIG DE LA BELLACASA enseigne l’éthique et les études sociales des sciences et technologies à l’Université de Leicester. Son travail actuel, entre philosophie et sciences sociales, inspiré par la pensée féministe, explore des questions éthiques et politiques qui affectent la science aussi bien que les pratiques de construction de savoirs alternatifs. Elle a écrit sur les politiques du savoir, l’épistémologie, les études féministes des sciences et les pratiques écologiques. Ses publications récentes incluent: « Matters of Care in Technoscience. Assembling Neglected Things », Social Studies of Science 41 (1) 2011, et « Ethical Doings in Naturecultures », Ethics, Place and Environment : A Journal of Philosophy and Geography, 13 (2), 2010. Elle a également édité un numéro collectif de la revue Subjectivity dédié aux études féministes des sciences : Re-tooling technologies : exploring the possible through feminist science studies, Subjectivity 28, 2009. Son livre, Politiques féministes et construction des savoirs. Penser nous devons est à paraître à l’Harmattan. Elle est membre élue du Conseil de la Société d’Etudes Sociales des Sciences (4S) et membre fondatrice du Groupe d’Etudes Constructivistes de l’Université Libre de Bruxelles.

Eva RODRIGUEZ est doctorante en science politique à l’Université Paris VIII, associée au CRESPPA-GTM. Elle a été membre du programme de recherche ANR-BIOSEX de 2008 à 2011. Ses travaux de recherche portent sur la constitution des savoirs sur la « différence des sexes » dans les « sciences de l’homme » à la fin du XIXe siècle en France et sur les transferts conceptuels entre les champs propres aux sciences biomédicales et aux sciences sociales.

David SAKOUN est titulaire d’un master de philosophie contemporaine de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses travaux de recherche portent sur les liens possibles entre les philosophies politiques marxistes et postmodernes ainsi que sur les modes de discours politiques propres à la postmodernité.

Benedikte ZITOUNI est sociologue urbaine. Elle est Postdoctoral scholar à UC Berkeley (2011-'12) et membre du GECo-Groupe d'Etudes Constructivistes à l'Université Libre de Bruxelles. Elle vient de publier son premier livre Agglomérer. Une anatomie de l'extension bruxelloise (1828-1915) chez ASP - Academic & Scientific Press / VUBPress, 2010. Elle a également collaboré au livre Usus/usures (éditions de la Communauté française, 2010) et a publié des articles sur l'écologie urbaine, sur les études interactionnistes de la ville et sur l'action menée par le GIP-Groupe d'Information sur les Prisons.

Donna HARAWAY a été professeure d’histoire de la conscience à l’université de Californie à Santa-Cruz. Biologiste de formation, historienne et philosophe des sciences, elle a publié entre autres : Primate Visions. Gender, Race and Nature in the World of Modern Sciences, Routledge, 1989 ; Des singes, des cyborgs et des femmes. La réinvention de la nature (1991), traduit de l’anglais (USA) par Oristelle Bonis, Arles, Jacqueline Chambon, Actes Sud, 2009 ; The Haraway reader, New York et Londres, Routledge, 2004 ; Modest_Witness@Second_Millenium. FemaleMan©_Meets_Oncomouse™. Feminism and Technoscience, New York et Londres, Routledge, 1997 ; Manifeste des espèces de compagnie. Chiens, humains et autres partenaires (2003), traduit de l’anglais (USA) par Jérôme Hansen, Editions de l’éclat, coll. Terra incognita, 2010 ; When species meet, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2008.