N° 32. Les libéralismes au regard de l'histoire

 Septembre 2002

Numéro disponible en ligne sur le site du Cairn : http://www.cairn.info/revue-actuel-marx.htm


Sommaire                Présentation                              Auteurs                               Abstracts

SOMMAIRE

Présentation 

DOSSIER :   LES LIBERALISMES AU REGARD DE L’HISTOIRE coordonné par Florence Gauthier et Jacques Guilhaumou 

Jacques Guilhaumou, Introduction 

Quentin Skinner, Un troisième concept de liberté au-delà d’Isaiah Berlin et du libéralisme anglais 

Florence Gauthier, À l’origine de la théorie physio­cratique du capitalisme, la plantation esclavagiste L’expérience de Le Mercier de la Rivière, intendant de la Martinique 

Reinhard Bach, « La démocratie purgée de tous ses inconvéniens » 

Raymonde Monnier, Républicanisme, libéralisme et Révolution française

Jacques Guilhaumou, Jacobinisme et marxisme : le libéralisme politique en débat

Julian Bourg, Les contributions accidentelles du marxisme au renouveau des droits de l’homme en France dans l’après-68 

INTERVENTIONS

Bertrand Binoche, Après l’histoire, l’événement ? 

André Tosel, L’époque entre nominalisme et réalisme 

Olivier Lussac, Fluxus et propagande politique : des buts sociaux, non esthétiques

Christian Ruby, L’artiste contemporain et la conscience de son époque. Un entrepreneur sans état d’âme ? 

LIVRES   

Histoire 

  

Johannes Rohbeck, Kultur – Technik - Geschichte, Eine Rehabilitierung der Geschichtsphilosophie (J. Bidet) 

Enzo Traverso, La violence nazie, une généalogie européenne (J. Bidet) 

            Walter Benjamin 

  

Correspondance Adorno / Benjamin 1928-1940 (J.-M. Lachaud) 

Michael Löwy, Walter Benjamin : Avertisseur d’incendie – Une lecture des thèses « Sur le concept d’histoire » (O. Pascault) 

            Antonio Gramsci 

  

Gramsci e l’Internazionalismo. Nazione, Europa, America latina, A cura di M. Proto (J.-M. Buée) 

  

György Lukàcs 

  

György Lukacs, Dialectique et spontaneite (A. Durel) 

  

Jürgen Habermas 

  

Yves Cusset, Habermas. L’Espoir de la discussion   (J.-M. Durand Gasselin)

Stéphane Haber, Jurgen Habermas, une introduction   (J.-M. Durand Gasselin) 

  

Marxisme et philosophie 

  

Claude Morilhat, Philosophie ou libertinage. Rorty et le discours postmoderne (N. Tertulian) 

Fiorinda Li Vigni, Jacques D’Hondt e il percorso della ragione hegeliana (N. Tertulian) 

  

Actuel marx signale 

Abstracts 

AUTEURs

 

Présentation

 

Le dossier du présent volume, sous la responsabilité de Jacques Guilhaumou et de Florence Gauthier, propose tout à la fois un objet historique, déjà ancien, et un mode d’analyse historiographique, encore nouveau.

 L’objet « libéralisme » est, on le sait, hautement volatile, difficile­ment saisissable sous cette appellation controversée, qui dans la langue d’aujourd’hui sert, tour à tour et contradictoirement, à la désignation de la démocratie politique (plutôt version « anglo-saxonne »), ou à l’appel­lation euphémisée de l’ordre capitaliste, et surtout à la proclamation de leur convergence supposée. Nous le saisirons dans un moment essentiel – curieusement occulté par l’historiographie traditionnelle – de son émergence et de la construction historique de son discours : quelque part entre physiocratie et jacobi­nisme, au creuset de la Révolution Française.

 Le mode d’analyse auquel se réfèrent, quoique inégalement et di­versement, la plupart des auteurs porte plusieurs noms : « histoire du discours », en référence à J. Pocock et Q. Skinner, « histoire des concepts » (R. Koselleck), ou des « notions-concepts », « histoire lin­guistique des usages conceptuels », selon la variante française, illustrée par des historiens spécialistes de la période révolutionnaire qui contri­buent à ce numéro, issu de la Section Histoire du Congrès Marx Inter­national III (septembre 2001, Paris). Dans cette nouvelle historio­graphie, héritière du « tournant linguistique » en philosophie et sciences humaines, une ligne d’analyse issue du jeune Marx et de Gramsci trouve naturellement sa place. Il ne s’agit pas seulement d’une étude des idées : le référent est ici le langage dans lequel elles inter­viennent, la sémantique de ses réseaux, ses contextes discursifs, mais aussi sociaux et politiques, sa temporalité de référence (avec ses conjonctures toujours singulières), sa visée argumentative et subversive, ses procé­dures de traduction et de transvaluation d’autres discours, ses spéci­ficités de prise de parole et d’acte de parole, sa charge rhétorique et sa fonction « illocutoire », selon laquelle, en disant, il réalise quelque chose, participant à l’histoire et à ses combats, précisément.

 En ouverture, un texte inédit de Quentin Skinner, leçon inaugu­rale à la mémoire d’Isaiah Berlin, prononcée le 21 novembre 2001 à la British Academy. Texte fort critique en vérité, qui retourne sur elle-même la célèbre doctrine opposant liberté négative et positive. Le libéralisme, on le sait, s’est reconnu dans la première, définie par l’absence d’entrave à l’agir individuel, l’absence d’ingérence. La secon­de, illustrée par Hegel, et qui identifie liberté à capacité de s’accomplir, nourrit selon les libéraux, et selon Berlin lui-même, les dérives collectivistes et totalitaires. Skinner montre que c’est chez Hobbes qu’apparaît historiquement ce concept particulier de liberté négative, arme de combat contre une toute autre conception, pourtant tout aussi justement qualifiable de « négative » : la conception républi­caine, qui rejette tout pouvoir arbitraire et définit la liberté, par opposi­tion à toute forme d’« esclavage », comme l’absence de dépendance. C’est en son nom précisément que les démocrates anglais du XVIIe siècle, enthousiastes de la république romaine, férus de Salluste et Tacite, mènent la lutte intrépide qui conduira à la « glorieuse révolu­tion ». La liberté négative, ainsi restituée dans le contexte global de la tradition politique, fournirait, à côté de la liberté positive, le paradigme d’un combat entre démocratie et libéralisme.

 Florence Gauthier, explorant des textes (Mémoires, etc.) encore peu étudiés de Le Mercier De La Rivière, colon, puis intendant de La Martinique de 1759 à 1764, fait apparaître, à l’origine de la théorie des Physiocrates, chantres du libéralisme économique et acteurs majeurs de son institution, le contexte le plus inattendu : celui de la plantation. Re­lisant à partir de là son livre principal, L’ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1767), elle y décrypte le décalque de l’expérience capitaliste esclavagiste. Si l’ordre « naturel inégal » appelle, selon lui, un « despotisme légal et social », c’est que celui-ci est indispensable au régime de la propriété moderne, non plus foncière ou féodale, mais d’abord « mobilière », reconnue comme absolue et fondement de toute autre : celle des capitaux, – ces « avances » nécessaires à la culture, dont les esclaves, figurant idéalement le travailleur productif, font expres­sément partie. Ce qui nous renvoie, mot pour mot, à une source substantielle : le Code Noir de 1685.

 Reinhard Bach étudie le discours républicain des Lumières et de la Révolution à partir de la codification de sa terminologie et de ses cons­tructions logiques. Comme le suggère le témoignage d’observa­teurs proches des évènements, on discerne un clivage (combien fami­lier !), réfracté selon divers plans, entre deux conceptualisations antagonistes : entre une morale de l’intérêt personnel et une morale de l’intérêt natio­nal (de Staël), entre un principe d’utilité et un principe d’ascétisme (Bentham), entre un ordre d’égoïsme et un ordre d’égalité (Buonarotti), entre une sorte d’individualisme et une sorte de socialisme (Leroux). L’historiographie traditionnelle, pour avoir exclu de son domaine la pensée physiocratique, n’a pas su prendre conscience que celle-ci, de Le Mercier et Turgot à Mirabeau, Condorcet, Roederer et Sieyès, générait, dans la langue de Rousseau, une sorte de républica­nisme qui en constituait l’exacte antithèse, « libérale » en un sens déterminé : le républicanisme des « actionnaires », de ceux qui ont « une action dans l’entreprise sociale » (Sieyès).

 C’est à travers l’action discursive des journalistes et pamphlétaires patriotes que Raymonde Monnier étudie la transformation du langage du républicanisme au long du processus révolutionnaire de ses prémis­ses à la chute de la royauté. La « république » a déjà derrière elle une très longue histoire moderne, notamment italienne, anglaise et fran­çaise. Mais le terme demeure hautement ambigu, tantôt connotant sur­tout l’idée d’un « bon gouvernement », dévoué à l’intérêt public, tantôt impliquant patriotisme, citoyenneté et démocratie. Chez ses représen­tants les plus avancés, comme les jacobins François Robert et Jean-Louis Carra, influents par la diffusion de leurs journaux, ce républica­nisme apparaît d’emblée en phase avec un esprit cosmopolite, militant pour une société pacifique des nations (avec l’Angleterre en premier lieu). La fuite du roi à Varennes amène une reprise des thèmes de l’humanisme civique et une radicalisation de la rhétorique républi­caine dans le contexte révolutionnaire qui mène à l’insurrection du 10 août.

 Jacques Guilhaumou entend montrer pourquoi le concept de « jacobinisme », pourtant fort peu ancré dans l’historiographie de la Révolution française, constitue la catégorie centrale de l’analyse marxiste du phénomène révolutionnaire. L’examinant à la lumière de catégories revisitées par le travail historien récent, celles d’individu, d’universel et de souveraineté, il en propose une typologie selon une tripartition du libéralisme politique entre le libéralisme constituant du jacobinisme modéré, le libéralisme égalitaire du jacobinisme centriste et le libéralisme civique du jacobinisme radical. Il donne ainsi au « jacobinisme » une extension maximale, qui permet d’en évaluer, au-delà de l’existence historique des Jacobins, la dimension organique au sein de la tradition politique issue de la Révolution française.

 Julian Bourg, qui s’intéresse au retour contemporain du libéra­lisme, au travail de traduction et de retournement qu’il a présupposé, illustre la même démarche historiographique. Examinant ce qu’il ap­pelle les « contributions accidentelles » de courants post-68 issus du marxisme français à la renaissance du discours libéral, il envisage trois phénomènes qui se recoupent : le maoïsme, de sa posture de révolte radi­cale à son engagement dans « l’enquête » sociale et dans la défense légale des prisonniers, le mouvement féministe, de sa pratique du procès politique à son recours au droit et à la loi, la geste des « nouveaux philo­sophes », ultime avatar de toute une lignée d’autocritiques. Ce sont chaque fois des techniques et des termes issus du marxisme – réinterprétés, « transvalués » – qui finalement le subvertissent, contri­buant au nouveau discours des droits de l’homme.

 Hors dossier se poursuit, entre philosophes et théoriciens de la culture, le débat sur l’histoire à travers les diverses figures qui le bali­sent aujourd’hui : l’événement, l’époque, le moderne, le contemporain.

 Bertrand Binoche pose avec impertinence la question : après l’histoire, l’événement ? Pourquoi donc s’intéresse-t-on tant aujour­d’hui au concept d’événement ? Il risque une hypothèse : la croyance en l’Evénement aurait pris le relais de la croyance en l’Histoire. L’Evéne­ment, loin d’être l’au-delà de toute métaphysique, en serait la nouvelle détermination. Bertrand Binoche met cette hypothèse en concurrence avec d’autres diagnostics possibles. Ce qui lui confère quelque privilège, c’est qu’elle rend mieux compte de la conjoncture dans laquelle nous nous trouvons : conjugaison instable de l’Evénement avec la Mondialisation et la Mémoire. Après l’Histoire donc, oui, dit-il, l’Evénement, qui hypostasie l’événement, et dont il vaudrait mieux ne pas faire trop vite l’apologie, de crainte de hurler avec les loups.

 André Tosel s’interroge sur les difficultés qui s’attachent à l’idée d’« époque », consubstantielle à toute problématique d’histoire univer­selle, et singulièrement au marxisme, et qui ont conduit l’historio­graphie contemporaine à une révision critique. Il propose de réépoca­liser, de façon plurielle, à partir des perspectives ouvertes par la notion de « système du monde », au sens de Braudel et de Wallerstein, et donc aussi des mouvements anti-systèmes. Soit une problématique diffé­rentielle, ouverte aux non-contemporanéités, aux poly-rythmies, aux relations complexes entre ordre et chaos, etc. On se dégagerait ainsi d’une conscience d’universalité abstraite pour accéder à une généralité réfléchie dans les singularités. Non pas selon la visée d’une fin glo­rieuse de l’histoire, mais plus modestement en vue d’un art, émanci­patoire, de la conjoncture.

 Olivier Lussac évoque ici l’aventure du groupe Fluxus, années 60, parallèle au mouvement situationniste : tentative de pousser à ses extrêmes limites, y compris sociales et politiques, l’ouverture de l’art moderne à toute possibilité de liberté, – avec référence au dadaïsme, au constructivisme et au « collectivisme » du Front Gauche des Arts, URSS années 20. Fluxus est d’abord une pratique sociale : happening, événement, performance. Il vaut rompre avec les œuvres durables. Eli­miner les « beaux-arts ». Déprofessionaliser, désesthétiser l’art. L’incorporer à la vie quotidienne, comme liberté d’esprit et art collectif de vivre. En faire un jeu, un loisir organisé et poétique.

 Christian Ruby s’interroge sur le statut social du créateur contem­porain, à la fois « artiste d’art » et « entrepreneur » inscrit dans les insti­tutions publiques et le commerce. Etre de réseaux multiples plutôt que de collectifs, en proie à la quête de visibilité, entre grand projet et « produits dérivés ». Des déplacements, des jeux, des interventions plutôt que des créations. Si rien ne le désigne comme porteur de soulè­vement social, il n’est pas devenu un reflet du temps, puisque sa prati­que se reconnaît finalement à ce qu’elle ébranle ce qui se donne comme naturel et éternel, à ce qu’elle invente d’autres règles. Il n’est pas sans résister [1].

 Actuel Marx

 


[1].    Nous remercions Cornelius Crowley pour la part qu’il a prise à la traduction des abstracts. 

 

AUTEURS

Reinhard Bach est philologue-romaniste (thèse de doctorat en linguistique, 1978, et habilitation en histoire littéraire de France, 1990), spécialiste de J.-J. Rousseau et de la pensée politique des Lumières. Il est professeur de philologie romane à l’université de Greifswald. Il a publié : Gesellschaftskritik in Sprache und Sprachtheorie Jean-Jacques Rousseau, Halle, 1978 ; Stationen der Ausprägung und Umgestaltung politischer Begriffe der französischen Aufklärung, Greifswald, 1990 ; Weichenstellungen des politischen Denkens in der Literatur der französischen Aufklärung, Tübingen, 1995 ; Expressions des Lumières et de leur réception, Tübingen, 1999 ; Rousseau – Economie politique, Montmorency, 1999 ; Du Contrat Social à l’Art social. www. rousseaustudies. com. 2001. Entre vertu et intérêt : Les options de la citoyennté, in Mélanges Lecercle, 2002, pp. 47-65. 

Bertrand Binoche, Professeur à l’Université Montpellier-III, département de philosophie. Travaille sur l’histoire des philosophies de l’histoire. A publié aux PUF : Critiques des droits de l’homme, 1989 ; Les trois sources des philosophies de l’histoire (1764-1798), 1994 ; Introduction à De l’Esprit des lois de Montesquieu, 1998. 

Julian Bourg est Maître-assistant en histoire à l’Université de Californie, Berkeley. Il a récemment publié des articles dans Journal of the History of Ideas et The Modern Schoolman.  

Florence Gauthier est Maître de Conférences en Histoire moderne à l’Université Paris 7-Denis Diderot. Elle a publié : La voie paysanne dans la Révolution française. L’exemple picard, Maspero, 1977. Avec G. R. Ikni, éd., La guerre du blé au XVIIIe siècle. La critique populaire contre le libéralisme économique, Editions de la Passion, 1988. Triomphe et mort du droit naturel en révolution, 1789-1795-1802, PUF, 1992. Avec F. Pepe, éd., Colloque Mably. La politique comme science morale, Bari, Palomar, 2 t., 1995, 1997. Robespierre, Pour le bonheur et pour la liberté. Discours, La Fabrique, 2000, Textes choisis et introduction par Y. Bosc, F. Gauthier, S. Wahnich. Périssent les colonies plutôt qu’un principe ! Contributions à l’histoire de l’abolition de l’esclavage, 1789-1804, éd., Société des Etudes Robespierristes, 2002. 

Jacques Guilhaumou est Directeur de recherches en sciences du langage au CNRS (ENS-LSH, Lyon) et en histoire à l’Université de Provence (MMSH, Aix-en-Provence). Il a publié divers ouvrages sur l’analyse de discours et la Révolution française, en particulier Les porte-parole de la République (1789-1792), Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 1998 et La parole des Sans. Les mouvements actuels à l’épreuve de la Révolution française, Lyon, ENS éditions, 1998. Il publie prochainement un ouvrage sur Sieyès et l’ordre de la langue. L’invention de la politique moderne. 

Olivier Lussac est spécialiste du happening et de la performance. Docteur habilité en art, il enseigne l’esthétique et l’histoire de l’art dans diverses universités. Il collabore aux revues Musica Falsa et Cahiers d’art et sciences de l’art et achève actuellement la rédaction de deux ouvrages : Happening & Fluxus. Polyexpressivité et pratique concrète des arts pour les éditions L’Harmattan et Fluxus et la musique pour les éditions Minerve. 

Raymonde Monnier, Docteur ès Lettres et Sciences humaines, chercheur honoraire à l’UMR Analyses de corpus de l’ENS de Lettres et Sciences Humaines de Lyon, historienne du XVIIIe siècle. Membre du comité exécutif et correspondante pour la France du réseau international « History of Political and Social Concept Group ». Son livre, L’espace public démocratique. Essai sur l’opinion à Paris de la Révolution au Directoire (Paris, Kimé, 1994) traite du contexte de cet article. 

Christian Ruby, Docteur en philosophie, enseignant, chargé de cours sur le serveur audiosup. net de l’Université de Paris X-Nanterre et à l’antenne parisienne de l’Université de Chicago. Membre du Comité de Rédaction des revues Raison Présente, Espaces-Temps, Bulletin critique du livre en langue française et Les Cahiers de l’Education permanente (ACCS, Belgique). Derniers ouvrages parus : L’Etat esthétique, Essai sur l’instrumentalisation de la culture et des arts, Bruxelles, Labor, 2000 ; L’Art public, Un art de vivre en ville, Bruxelles, La Lettre volée, 2001. 

Quentin Skinner est Professeur d’histoire moderne à l’Université de Cambridge. Souvent en France, il a été Professeur invité au Collège de France en 1997. Les cours qu’il y a professés ont été publiés sous le titre : La Liberté avant le libéralisme (Seuil, 2000). Ses autres livres comprennent : The Foundations of Modern Political Thought (2 volumes, 1978) et Machiavelli (1981), tous deux traduits en français : Les fondements de la pensée politique moderne, Albin Michel, 2001 et Machiavel, Seuil, 1989 réédité en 2001. Son dernier ouvrage Visions of Politics sera publié en trois volumes à Cambridge University Press en juin de cette année. 

André Tosel est actuellement Professeur de philosophie à l’Université de Nice-Sophia Antipolis où il dirige le Centre de Recherches d’Histoire des Idées, UMR-CNRS. Ouvrages les plus récents : Etudes sur Marx et (Engels). Pour un communisme de la finitude, Paris, Kimè, 1995 ; L’action collective : coordination, conseil, planification (en co-direction avec Robert Damien), Paris-Besançon, Annales Universitaires de l’Université de Franche-Comté, 1997 ; Figures italiennes de la rationalité (en co-direction avec Christiane Menasseyre), Paris, Kimé, 1996 ; Articles sur Spinoza, Vico, Diderot, Kant, Marx, Croce, Gentile, Gramsci, Althusser ; études de philosophie politique sur la théorie de l’histoire et de l’action, sur la mondialisation et le droit international.

 

Abstracts

Reinhard BACH. Democracy purged of all its Disadvantages. « Encoded at the level of its lexicology and logical constructedness, the republican discourse of the enlightenment and revolution is marked by two conceptualizations which contradict each other and mutually exclude each other. Contemporary observers of the revolution or those close to its events speak about an opposition between an order of egotism and an order of equality, between a principle of utility and a principle of ascetism, between an ethics based on personal interest and an ethics based on the national interest, between a kind of individualism and a kind of socialism, etc. Because it has excluded physiocratic thinking from its domain, the traditional historiography of political ideas has obstructed an unbiased view to the context which engenders conceptualizations of an alternative Republicanism vis-a-vis that of Rousseau, while at the same time utilizing Rousseaus formulas ». 

Bertrand BINOCHE. After History, the Event ? Our aim in this article is to reflect on the reasons lying behind the current fascination with the concept of the event. By way of an answer, albeit an inadequate one, we venture the following hypothesis : that a belief in the Event has taken the place of the belief in History. We should however point out, in this respect, that the concept of the Event in no sense constitutes a step beyond the metaphysical. It is, on the contrary, the new guise of the latter. Our initial aim is therefore to outline our hypothesis, placing it alongside other possible diagnoses. We then seek to attempt the pragmatic validation of our argument concerning the concept of the Event, arguing that the advantage of our hypothesis is that it offers a more adequate account of our present historical moment, which may perhaps be qualified as merely the precarious conjunction between the Event, Globalisation, and Memory. And so it is that, after History, our moment is that of the Event, understood as the categorical hypostasis of the event. As such, the concept is, we argue, one which is not to be celebrated too hastily, in case one were to end up howling with the wolves. 

Julian BOURG. Marxism’s Unintentional Contributions to the Renewal of Human Rights in Post-1968 France. The years following the events of May 1968 witnessed the end of a certain chapter of French Marxism and a return to the languages of human rights and liberalism. French Marxism itself unintentionally contributed to this development. This article examines three overlapping cases from the 1970s : Maoism and leftist mobilization around prisons, the women’s movement and the law, and the New Philosophers’ undermining of a dialectical view of history. Transvaluated Marxist terms and techniques were groundwork elements in the revival of human rights and liberalism in post-1968 France.

 Florence GAUTHIER. The Slave Plantation and the Origins of the Physiocratic Theory of Capitalism : The experiences of Le Mercier De la Rivière as Royal Intendant in La Martinique. A study of some little-known writings of Le Mercier de la Rivière should enable us to define the nature of his experiences, first as a planter, and subsequently as intendant of La Martinique, from 1759 to 1764. A reappraisal of his book, L’ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1767), in the light of his experience of the slave and segregationist colonies of America sheds new light on his physiocratic theory of capitalism and on the genesis of concepts as central as those of legal despotism, physical liberty and chattel property, the latter being considered in relation to an unexpected source, the 1685 Code Noir. 

Jacques GUILHAUMOU. Jacobinism and Marxism : the Debate about Political Liberalism. The concept of Jacobinism, while lacking any strong anchorage in the historiography of the French Revolution, nonetheless represents the central category in the Marxist analysis of the revolutionary phenomenon in general. The aim of the present article is to examine the concept of Jacobinism in its relation to a series of other categories : the individual, the universal, and sovereignty, categories prominent in recent historical debates. Our aim is therefore to propose a typology of the concept, by way of a provisional three-way division of political liberalism : the constituent liberalism of moderate Jacobinism, the egalitariam liberalism of centrist Jacobinism, the civic liberalism of radical Jacobinism. Going beyond the historical existence of the Jacobins as a group, the aim of our analysis is to give the largest possible extensive definition to the concept of Jacobinism, in order to evaluate its organic dimension within the political tradition which has its source in the French revolution. 

Olivier LUSSAC. Fluxus and Political Propaganda: Social Goals, not Aesthetic ones. For the members of the Fluxus group, modern art opened up a whole gamut of possible modes of liberty, including the social and  the political realms. It follows that the artistic project must  therefore involve the incorporation of such liberty (of mind) within the order of the everyday. Only thus can life and art become an art of living. To this end, art must become a form of organised leisure, or what we could qualify as a kind of play, since, to quote Guy Debord, « the liberation which results from play has to do with the creative autonomy of the latter ». For the  achievement of such a condition to be possible, art must be more than a mere form of leisure, becoming a poetic form of leisure.

Raymonde MONNIER. Republicanism, Liberalism and the French Revolution. This article studies, on the basis of the evidence provided by the discursive action of journalists and patriot pamphleteers, the transformations brought about in the language of republicanism in the context of the revolutionary process leading to the fall of the king. Our aim is to show how republican theories, having initially evolved within the mould of a cosmopolitan republicanism, were to undergo a transformation after the flight to Varennes, accordingly as the crisis of royal executive power led to a revival in the themes of civic humanism and to a radicalization of republican rhetoric in the revolutionary context leading to the insurrection of August 10. 

Christian RUBY. The Contemporary Artist and the Consciousness of His/Her Era.The status of the contemporary artist would seem to have changed. We must therefore examine the changed conditions under which artists (or at least some of them) accomplish their work, and the consciousness they now have of their work, and of the forms which it takes. If the ideal of a revolutionary consciousness is no longer part of  the artistic agenda, this does not necessarily imply that artists have abandoned the aim of opening up the reality of the current moment to a space where the intimation of something other is preserved.

Quentin SKINNER. Isaiah Berlin, English Liberalism and a Third Concept of Liberty. Isaiah Berlin is celebrated for having defended the claim that there are two distinct concepts of liberty. According to the more familiar view, liberty is a « negative » concept. The presence of liberty is said to be marked, that is, by the absence of something, and specifically by the absence of inteference with an agent’s capacity to pursue some chosen end. According to Berlin, however, this concept stands in contrast with a « positive » view, according to which liberty is the name of that state in which we shall have realised ourselves most completely. Liberty on this account is the name not of an opportunity but of a moral achievement. Berlin considered the second view dangerously confused, but one aim of the present essay is to defend its coherence. Its principal aim, however, is to show that Berlin’s understanding of negative liberty is a misleadingly narrow one. As is evident from classical and early-modern debates, we have in fact inherited two rival conceptions of negative liberty. One of these focuses, as Berlin rightly observed, on the idea of absence of interference. But the other, which he overlooked, sees lack of liberty as arising from relations of domination and dependence. The principal aim of the present essay is to distinguish these two traditions and to give new prominence to the idea of negative liberty as absence not of interference but of dependence. 

 André TOSEL. Periods  of the Epoch: Shifts between Nominalist and Realist Versions of a Concept. The nominalist critique of  the concept of  epoch has the effect of relegating  and discarding the various philosophies of history.  Such a critique, necessary as it is, is nonetheless doomed to fail, if it does not promote the critical  apprehension of  reality in terms of a renewed epochal thinking, capable of addressing capitalism in its current phase, that of an actualised world-system. The idea of a general history is one which does not consent to its post-modern effacement or dissolution. It is, on the contrary, an idea which can re-emerge in a renewed, trans-modern  version.