N° 33. Le nouvel ordre impérial

 Mars 2003

Numéro disponible en ligne sur le site du Cairn : http://www.cairn.info/revue-actuel-marx.htm


Sommaire            Présentation                        Auteurs                     Abstracts              

 

sommaire

PRESENTATION

DOSSIER : LE NOUVEL ORDRE IMPÉRIAL  coordonné par Gilbert Achcar

Gilbert Achcar, Le nouvel ordre impérial ou la mondia­lisa­tion de l’Empire états-unien

John Bellamy Foster, Harry Magdoff et Robert W. McChesney, co-éditeurs de la Monthly Review,   Le réseau impérial états-unien et la « guerre contre le terrorisme » : bases militaires et empire

 Paolo Gilardi, Un scénario autoritaire

Noam Chomsky, Un monde sans guerre. Discours au Forum social mondial de Porto Alegre, janvier 2002

Gérard Duménil et Dominique Lévy, Néolibéralisme-Néomilitarisme

 Samir Amin, Le capitalisme sénile

DÉBAT : EMPIRE

Leo Panitch et Sam Gindin, Empire : joyaux et pacotilles

Maria Turchetto, L’Empire a encore frappé

Frédéric Keck, La subjectivité révolutionnaire : A propos d’Empire de M. Hardt et A. Negri

INTERVENTIONS

Nestor Capdevila, Totalitarisme, idéologie et démocratie

Vincent Charbonnier, Une esthétique du « désart » ?

LIVRES

Morale et matérialisme

Yvon Quiniou, Etudes matérialistes sur la morale. Nietzsche, Darwin, Marx, Habermas (N. Tertulian)

La scène et le polar

Elfriede Müller et Alexandre Ruoff, Le polar français. Crime et histoire (J.-M. Lachaud)

Howard Zinn, Karl Marx, le retour (J.-M. Lachaud)

Ecole faible, travail flexible

Stéphane Beaud, 80 % au Bac… et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire (J. Lojkine)

Richard Sennett, Le travail sans qualités. Les conséquences humaines de la flexibilité (M. Vakaloulis)

Sciences sociales et politique

Jan Spurk, Critique de la raison sociale. L’école de Francfort et sa théorie de la société (J.-L. Lanher)

Tony Andréani, Michel Vakaloulis (dir.),  Refaire la politique (S. Béroud)

 

Actuel marx signale 


 

Présentation

« Empire », « impérialisme ». Le premier terme ne nous fait pas oublier le second. Le dossier que nous présentons ici, rassemblé par Gilbert Achcar, est une contribution à l’analyse de la position centrale qui est celle des USA dans le dispositif impérialiste global. A travers la mondialisation capitaliste, le monde dans son ensemble ne devient pas un « empire », en aucun sens de ce terme. Les critiques que nous avons adressées aux analyses de M. Hardt et T. Negri dans Le capital et l’humanité (Actuel Marx, n° 31) et celles que développent certains arti­cles du présent recueil sont assez claires à ce sujet. Néanmoins, nous qualifions ici d’impérial le système de domination que les USA ont progressivement développé depuis un siècle et qui culmine aujourd’hui dans la prétention d’imposer leur hégémonie à l’ensemble de la planète. L’aspect le plus spectaculaire en est cette suprématie militaire totale qui s’exprime dans l’implantation de bases partout dans le monde, par l’intégration des forces armées d’un nombre toujours plus grand de na­tions au sein d’alliances qu’ils contrôlent, par la constitution d’un terri­fiant arsenal qui leur permet d’intervenir en triomphateurs dans tous les conflits locaux et souvent de renverser les régimes qui les dérangent. La guerre mondiale qu’ils ont engagée sous le prétexte de lutte contre le terrorisme vise notamment la main-mise sur le pétrole, aujourd’hui la plus stratégique des richesses naturelles. Mais ce n’est là qu’une partie d’une entreprise de conquête économique globale, qui passe aussi par la liquidation d’institutions démocratiques séculaires et par la manipula­tion cynique des institutions supranationales. Mais l’empire ni l’impérialisme ne sont tout-puissants. Et nous entendons témoigner ici, par le travail d’analyse, de la montée des luttes pour un « autre monde ».

Gilbert Achcar nous introduit à ce « nouvel ordre impérial ». Il aura fallu un siècle aux USA pour répondre à l’appel de la Providence et étendre leur « destin manifeste » de l’Amérique du Nord au monde entier. Au-delà du démembrement de l’URSS, ses anciennes frontières figuraient encore une ligne rouge que l’empire global américain ne pouvait aisément franchir. Après le 11 septembre, elles volent en éclat. Les USA établissent des bases militaires au cœur même de l’ancienne Union Soviétique. Ils creusent un écart décisif entre leur puissance mi­litaire et celle du reste du monde, et s’imposent comme l’agent moteur de la mondialisation capitaliste. Ils semblent aujourd’hui en mesure d’établir leur domination coloniale directe à Bagdad. En 1991, ils avaient dû laisser Saddam Hussein en place, sous embargo et sous sur­veillance, faute d’alternative. Nous entrons dans une autre époque, dont l’ensemble de ce recueil se propose d’examiner les principaux aspects.

Ce sont d’abord John Bellamy Foster, Robert W. McChesney et Harry Magdoff, éditeurs de la prestigieuse Monthly Review, ce labora­toire nord-américain, à partir duquel s’est développée, depuis des décennies, une approche marxiste globale, qui nous livrent leur analyse. La guerre mondiale contre le « terrorisme », déclenchée à la suite du 11 septembre par les Etats-Unis, manifeste que le monde entier se trouve maintenant sous leur domination. Pour en prendre la mesure, il suffit de se pencher sur la carte des implantations de bases militaires, qui recouvre maintenant une soixantaine de pays. Et il ne s’agit pas là d’un simple phénomène militaire, mais d’une composante d’un système, plus large, de pouvoir économique et politique, fondé sur la position hégémonique du capitalisme américain dans l’ensemble du capitalisme mondial.Mais la dimension anti-démocratique n’est pas moins importante. 

Paolo Gilardi décrit ainsi le « scénario autoritaire » qu’on voit se pro­filer aussi bien aux Etats-Unis que dans les pays européens. Tout un en­semble de compétences traditionnelles de la justice se trouvent transférées entre les mains de l’administration et de l’exécutif. Une nouvelle législation réserve à l’action syndicale et la protestation la plus pacifique toute leur place dans la nomenclature du terrorisme.

Noam Chomsky analyse la dimension de manipulation idéologique qui entoure le processus foudroyant de la mondialisation capitaliste. On voit les centres de pouvoir, étatiques ou privés, conduire une guerre contre la population mondiale prise dans son ensemble. Ils ruinent les vies et les communautés, et ils appellent cela « les réformes », le « commerce », le « libre-échange ». Les discours et les prétextes chan­gent selon les circonstances, mais la politique reste, au fond, la même. On invoque aujourd’hui le « terrorisme » comme hier le « commu­nisme ». Dans les pays vassaux, les puissants procèdent par intimi­dation brutale. Ailleurs, ils parlent prospérité et progrès. En toute bonne foi du reste, car cela est parfaitement vrai… pour eux, qui vivent entre eux, aux dépens du monde entier, – et qui, à eux seuls, détiennent l’essentiel des pouvoirs de l’information.

Gérard Duménil et Dominique Lévy étudient la relation entre le néo-libéralisme et le néo-militarisme. La nouvelle stratégie militaire américaine répond certes à des motivations politiques, mais elle doit être mise en relation avec la situation économique. L’économie US n’est pas en crise permanente depuis 1970, bien que les taux de crois­sance demeurent comparativement bas et qu’une menace de crise finan­cière ne soit pas à exclure, du fait de facteurs locaux et de risques de contagion à partir de la périphérie. La part de la dépense militaire dans le PIB reste faible, et les USA sont capables de financer de nouvelles guerres. L’aspect militaire est à comprendre comme un élément du système hégémonique global, en relation avec l’importance des intérêts américains à l’étranger.

Samir Amin s’interroge sur l’alternative à la mondialisation néo-libérale. Le leader américain, loin de fournir du capital à ses périphé­ries, absorbe le surplus produit dans le monde entier au profit d’une surconsommation de pur gaspillage. La dimension dévastatrice de l’accumulation se trouve ainsi renforcée, comme l’illustre la perspective d’une fuite en avant de l’expansion capitaliste de l’agriculture. Une vingtaine de millions d’entreprises agricoles pourraient en venir à oc­cuper tout le créneau et réduire à la famine ou à la misère des milliards de paysans de par le monde. Dans sa phase sénile, le système réagit à sa propre fragilité par la violence accrue (la « guerre américaine »), par l’abandon des valeurs dont il a pu se réclamer. Mais il se trouve pris dans une crise de légitimité démocratique. Et c’est aussi ce qui fait le force de ceux qui luttent pour une autre mondialisation.

On trouvera ensuite un ensemble de contributions, assez contras­tées, au DEBAT qu’a suscité le livre Empire de Hardt et Negri.

Leo Panitch et Sam Gindin y trouvent une antidote au défaitisme ambiant et un certain nombre d’intuitions stimulantes. A leurs yeux pourtant, leur thèse d’une évolution vers un empire dépourvu de centre matériel reste fragile, fondée sur une économie politique par trop élémentaire. Culminant sur une confrontation problématique entre un empire virtuel et un prolétariat virtuel, leur visée d’une action révolu­tionnaire d’en bas ne leur semble pas à la hauteur de la complexité so­ciale en mouvement.

Maria Turchetto nous propose une critique cinglante – « l’Empire a encore frappé ». A ces yeux, en dépit de la prétention « post-mo­derne », ce livre nous offre deux « grands récits » téléologiques. Le premier est une histoire de la pensée politique occidentale, qui part d’une vision à l’eau de rose de la constitution américaine, et nous conduit à un prétendu « empire », compris comme la forme contempo­raine d’un pouvoir politique évanescent. Le second est une histoire du capitalisme qui aboutit, à travers les figures successives de « l’ouvrier professionnel », à « l’ouvrier masse », puis à « l’ouvrier social », à une multitude dont il est bien difficile de cerner la substance concrète. Il s’agit là d’« histoires », de belles histoires, à une époque de transfor­mations qui exigeraient des instruments d’analyse plus appropriées.

Pour Frédéric Keck, le mérite de Hardt et Negri est de poser le problème de la constitution d’une subjectivité révolutionnaire globale, en des termes qui respectent cependant la spécificité des luttes locales, soit la « communauté des singularités ». Cette subjectivité révolution­naire ne peut émerger qu’au travers d’une double conversion : celle de la prophétie, par quoi les luttes se dressent à la verticale pour interpeller directement le pouvoir, celle de la mémoire, qui entretient les combats passés, selon le modèle de la Cité Divine de saint Augustin. Ces deux dimensions manifestent la nécessité d’un pouvoir spirituel, dont témoi­gne tant le mode de production intellectuel constitutif de la multitude que le mode d’écriture de ce livre, Empire, qui vise à produire affecti­vement ce sujet révolutionnaire.

Suivent deux INTERVENTIONS de caractère philosophique.

Nestor Capdevila, à travers une investigation attentive des « classiques du totalitarisme », met en cause la cohérence de ce concept de totalitarisme du fait de la contradiction qui s’y manifeste entre le sens restreint (qui fonctionne dans le comparaison entre l’Union so­viétique de Staline et de l’Allemagne nazie) et le sens large (qui en­globe toute l’histoire de l’Union soviétique), et par l’usage équivoque du concept d’idéologie comme mensonge et illusion. La popularité de l’usage le plus faible (au sens le plus large) s’explique par des raisons polémiques qui tiennent au caractère contestable du concept de démo­cratie qu’il tend à occulter.

Vincent Charbonnier s’interroge sur le « désart » : l’intérêt porté, dans la récente réflexion philosophique sur l’art, à la seule dimension esthétique (jugement de goût, réception). Soit sur la tendance à subor­donner l’art à l’esthétique. Contre cette réduction, il rappelle la question de Lukács : « il existe des œuvres d’art, comment sont-elles possi­bles ? ». Il esquisse la dialectique immanente et réciproque de l’esthé­tique et de l’artistique, qu’il rapporte aux profondes transforma­tions de l’art et de ses pratiques – l’esthétique incluse –, au XXe siècle

Actuel Marx

AUTEURS

Gilbert Achcar est enseignant en sciences politiques à l’Université de Paris VIII (Saint-Denis). Il a publié dans la collection Actuel Marx Confrontation : La Nouvelle Guerre froide (1999) et dirigé le dossier sur L’Hégémonie américaine du n° 27 d’Actuel Marx (2000). Son dernier ouvrage s’intitule Le Choc des barbaries. Terrorismes et dés­ordre mondial, Editions Complexe (2002).

Samir Amin, né en 1931 au Caire. Professeur de sciences économiques à Paris VIII et Dakar. Directeur de l’Institut africain de développement économique et de planifica­tion de l’ONU (Dakar) de 1970 à 1980. Depuis directeur du Forum du Tiers Monde. Pré­sident du Forum mondial des alternatives

John Bellamy Foster est économiste et sociologue de l’environnement. Il est professeur de sociologie à l’Université de l’Oregon et co-directeur de la Monthly Review (New-York) depuis 2000. Il a publié Ecology Against Capi­talism (2002), Marx’s Ecolo­gy (2000), The Vulnerable Planet (1993, 1999) et The Theory Of Monopoly Capitalism (1986). Il est co-éditeur of Hungry For Profit (avec Fred Magdoff et Frederick Buttel, 2000), Capitalism and the Information Age (avec Robert W. McChesney et Ellen Meiksins Wood, 1998), In Defense Of History (avec Ellen Meiksins Wood, 1997) et The Faltering Economy (avec Henryk Szlajfer, 1984).

Nestor Capdevila, maître de conférences de philosophie politique à l’Uni­versité de Paris X-Nanterre, a notamment publié Las Casas : une poli­tique de l’humanité. L’homme et l’empire de la foi, Paris, Ed. du Cerf, 1998.

Vincent Charbonnier, doctorat de philosophie en cours sur « Le problème de la raison chez Lukács ». Publications : « Le problème de la totalité chez Lukács », in E. Kouvélakis (dir.), Marx 2000. Paris, PUF, 2000 ; « Lukács : un athéisme problématique », in E. Puisais & E. Chubilleau (eds.), Les athéismes philosophiques, Paris, Kimé, 2000 ; « “À l’assaut du ciel” ? Réflexions sur la tota­lité » in  V. Charbonnier et alii (ed.), Libre prétexte : Mélanges offerts en hommage à Jean-Paul Molinari, Université de Nantes, LESTAMP, 2001.

Robert W. McChesney est un analyste des media internationalement reconnu. Il est Directeur de recherches à l’Institute of Communications Research de l’Université de l’Illinois. Il est co-directeur de la Monthly Review depuis 2000. Il a publié Our Media, Not Theirs (2002), Rich Media, Poor Democracy (2000), It’s the Media, Stupid ! (2000), The Global Media (avec Edward Herman ; 1997), Corporate Media and the Threat to Demo­cracy (avec John Nichols ; 1997) et Telecommunications, Mass Media and Democracy (1993).

Noam Chomsky est professeur de linguistique au Massachussets Institute of Tech­nology (MIT, Etats-Unis). Outre ses travaux de linguistique qui en font un des principaux théoriciens de la discipline, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la politique exté­rieure américaine, les relations internationales et les médias. Parmi ses publications poli­tiques disponibles en français figurent L’Economie politique des droits de l’homme (Albin Michel), Le Nouvel Humanisme mili­taire. Leçons du Kosovo (Page deux, Lausanne, (2000), De la guerre comme politique étran­gère des Etats-Unis (2001), 11 septembre (2002), De la propagande : entre­tiens avec David Barsamian (2002), Le pouvoir mis à nu (2002).

Gérard Duménil est économiste, directeur de recherches au CNRS (Modem, Nanterre). Il a publié plusieurs ouvrages dont Le concept de loi économique dans « Le Capital », avant-propos de Louis Althusser, Maspero, 1978 et Marx et Keynes face à la crise, Economica, 1977 ; en collaboration avec D. Lévy, dans la collec­tion Actuel Marx Confrontation des PUF : La dynamique du capital, un siècle d'économie américaine (1996),  Au-delà du capitalisme (1998), et Crise et sortie de crise. Ordre et désordres néolibéraux (2000) ; à paraître en 2003, Écono­mie marxiste du capitalisme, Collection Repères, La Découverte.

Paolo Gilardi est historien, enseignant à Genève, membre fondateur du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), et membre de la direction nationale du Syndicat des services publics suisses.

Sam Gindin, après une carrière comme directeur de recherche et assistant du Prési­dent de la Canadian Autoworkers Union, occupe maintenant la chaire Packer de justice sociale à l’Univer­sité d’York, Toronto. Il est l’auteur de Canadian Auto­workers Union et de nombreux articles dans des périodiques tels que Monthly Review, Studies in Political Economy et The Socialist Register.

Frédéric Keck est ATER en philosophie à l’Université de Lille III. Il prépare une thèse de doctorat sur les rapports entre philosophie et anthropologie autour de la question de la mentalité primitive. Il a publié plusieurs articles sur cette ques­tion, notamment « Les Carnets de Lévy-Bruhl. Entre philosophie et anthropologie, l’expérience de l’altéri­té » in Gradhiva, 2000, n° 27, pp. 27-39 ; « Le problème de la magie dans les tradi­tions anthropologiques française et anglaise » in Methodos, n° 2, 2002, pp. 183-203 ; « Bergson et l’anthropologie. Le problème de l’huma­nité dans Les deux sources de la mo­rale et de la religion » in Annales bergsonien­nes, Paris, PUF-Epiméthée, 2002, pp. 195-214.

Dominique Lévy est économiste, directeur de recherches au CNRS (Cepremap, Paris). Il a publié plusieurs ouvrages en collaboration avec G. Duménil, dans la collection Actuel Marx Confrontation des PUF : La dynamique du capi­tal, un siècle d'économie américaine (1996), Au-delà du capitalisme (1998), et Crise et sortie de crise. Ordre et désordres néo­libéraux (2000), ainsi que Écono­mie marxiste du capitalisme (Repères, La Découverte, 2003).

Harry Magdoff a dirigé les études de productivité pour le WPA dans le New Deal de Roosevelt dans les années 1930. Après 45, il devient l’économiste en chef du Current Business Analysis Division au Département du Commerce où il super­visa la publication de The Survey of Current Business. Il a été assistant spécial du Secrétaire au commerce Henry Wallace. Et travaillé comme analyste financier et consultant dans les assurances. Il est connu pour ses analyses économiques de l’impérialisme. Il est co-directeur de la Monthly Review depuis 1969. H. Magdoff est l’auteur de Globalization – To What End ? (1993), Imperialism : From the Colo­nial Age to the Present (1977), and The Age of Imperialism (1969). Avec Paul M. Sweezy il a écrit : The Irreversible Crisis (1988), Stag­nation and The Finan­cial Explosion (1987), The Deepening Crisis of U.S. Capitalism (1980), The End of Prosperity (1977), and The Dynamics of U.S. Capitalism (1970).

Leo Panitch est Canada Research Chair en économie politique comparative et Distin­guished Research Professor de science politique à l’Université de York, Toronto. Il est co-éditeur de The Socialist Register, et on compte parmi ses ouvra­ges : Renewing Socialism : Democracy, Strategy and Imagination (Westview 2001) et The End of Parlia­mentary Socialism (2nd ed. Verso 2001).

Maria Turchetto a été chercheuse auprès de l’Ecole Normale Supérieure de Pise et elle enseigne actuellement l’histoire de la pensée économique à l’Université « Ca’ Fosca­ri » de Venise. Elle a publié de nombreux articles dans des revues et des ouvrages collec­tifs, parmi lesquels : « De “l’ouvrier masse” à l’“entrepreneu­rialité commune” : la trajec­toire déconcertante de l’opéraisme italien », in Dic­tion­naire Marx Contemporain, PUF, 2001. Elle dirige la revue télématique « Inter­marx », http://www. intermarx.com

 

ABSTRACTS

Gilbert Achcar, The New Imperial Order : the Globalization of the U.S. Empire.

It took the U.S. one century to extend their « manifest destiny » from North America to the whole world. In the aftermath of the Cold War, there still seemed to be a red line that the U.S. global empire could not tread easily, represented by the former boundaries of the ex-USSR. After September 11, this red line has been wiped out: U.S. military bases have been established in the heart of the former Soviet Union. The U.S., which acts as the enforcer of capitalist globalization, has widened the gap between its military power and the rest of the world. Thus it can now envisage to establish a quasi-direct colonial rule in Baghdad in contrast with 1991 when it allowed Saddam Hussein to remain in power under embargo and scrutiny for lack of an alternative suitable to its interests.

Samir Amin. The Alternative to the Neoliberal System of Globalisation and Militarism. Imperialism today and the Hegemonic Offensive of the United States.

 Capitalism has entered the age of obsolescence. The new technological revolution saves both labour and capital and thus delegitimates the domination of the second over the first. The US leader of the new imperialist system does not provide capital to its peripheries ,but absorbs the surplus generated in the whole world in order to maintain its wasteful consumption .The devastating dimension of accumulation is thus reinforced ,as the case of an eventual further expansion of agricultural capitalism illustrates it . The power system responds to these features of senility by resorting to more violence ( the « american wars ») and giving up the universal values of its origins ,thus leading to a crisis of democratic legitimity

John Bellamy Foster, Robert W. McChesney, Harry Magdoff, The Imperial Web and the War on Terrorism: U.S. Military Bases and Empire.

The at­tacks of September 11, 2001 and the subsequent global War onTerrorism directed by the United States have made it clear that the world is now dominated by an American Empire, which extends far beyond the British Empire of old. The extent of U.S. imperial ambitions is perhaps best understoood in terms of the history of its military bases, which are now located in around 60 countries. These bases are not to be understood as a purely military phenomenon but as part of a larger system of economic, political and military power rooted in the hegemonic position of U.S. capitalism in the world economy as a whole. [Article adapted from the March 2002 issue of Monthly Review, vol. 53, no. 10].

Nestor Capdevila, Totalitarianism, Ideology and Democracy.

The coherence of the concept of totalitarianism is called into question through the contradiction between its restricted meaning (the comparison between the Soviet Union and Nazi Germany) and its larger meaning, encompassing the entire history of the USSR. The coherence of the notion also suffers from the equivocal use of the concept of ideology, understood as illusion or falsehood. The popularity of the weaker (and wider) use of the concept is to be accounted for on polemical grounds, which have to do with the questionable conception of democracy which this wider and weaker conception tends to dissimulate. 

Vincent Charbonnier, An Aesthetics of « Disart ».

The revival in the con­temporary philosophical inquiry on art is characterised by a concentration on the aesthetic dimension (judgements of taste, reception), exclusive of other dimen­sions. The effect of this is to subordinate art to aesthetics, establishing aesthetics as the sole mode through which art is conceptually addressed. To counter such a reduction, the article returns to the question formu­lated by Lukács – works of art exist, how are they possible? The article briefly outlines a number of possible developments leading on from this question, in particular the question of the immanent and reciprocal dialectic linking the aesthetic to the artistic, and the profound changes which have occurred in the field of art and in its various practices – including aesthetics- during the twentieth century.

Noam Chomsky , A World Without War.

In the war which the centres of concentrated power, whether statist or private, are waging against the entire population of the world, the pretexts change, the policy remains the same. Yesterday it was communism or drugs, today it’s terrorism. Through intimidation and the manipulation of information, the exponents of such warfare are reducing the entire world to silence. The only thing that matters is their interests, and to defend these they are ready to confiscate and militarise the entire planet and outer space as well. They ruin lives and commu­nities and call the whole business « reform », « commerce », or « free-trade ». Despite this, it is to the freaks of Porto Alegre that the future belongs. It is they who are the bearers of a hope that another kind of globalisation is possible. 

Gérard Duménil, Dominique Lévy. Neoliberalism-Neomilitarism.

The new military strategy of the US responds to political motivations, but it must also be understood in relation to the economic situation. The US economy is not in a permanent crisis since the 1970, although growth rates remain compara­tively low and a threat of financial crisis exists, due to domestic factors and risks of contagion from the periphery. The share of military spending in GDP is low, and the US has the capability to finance new wars. The military course must be understood as part of the overall framework of global US hegemony, given the importance of its interest abroad.

Paolo Gilardi, An Authoritarian Scenario.

The long-term war against « terrorism » embarked upon by the Bush adminis­tration in the aftermath of September 11th 2001 goes far beyond its strictly military dimension. It also involves a fundamental onslaught on democratic and social rights, both in the USA and in European countries. The result of this combination between the military and a political dimension is the establishment of an architecture of control operating in the service of the most brutal sectors of the imperialist bourgeoisie and of the accumulation of capital. 

Frédéric Kerk, Revolutionary subjectivity: Some Reflections on Hardt and Negri’s Empire.

Among other issues addressed by Hardt and Negri in Empire, there is the question of the establishment of a revolutionary subjectivity respectful of the specific nature of local struggles: what they call a « community of singularities ». Our aim is to show that a revolutionary subjectivity of this kind can only operate by way of a conversion involving two dimensions. In its prophecy of the future, the book proclaims the imperative of a shift to the verticality of struggles, so that power can be directly confronted. In its genealogy of past struggles, the book invokes St. Augustine’s model of the city of God. What these two dimensions together show is the need for a spiritual power which will throw light on both the intellectual production constitutive of the multitude and on the mode of writing proper to the book entitled Empire, whose aim is to produce this revolutionary subject, doing so by way of an affective strategy.

Leo Panitch and Sam Gindin, Gems and Baubles in "Empire"

Hardt and Negri's Empire is a welcome and often inspiring antidote to the defeatism that has infected so much of the left. Their analysis includes a number of important insights, such as the capacity of American forms of power to penetrate other states. But their political economy is crude, and the promising discussions they open drift towards an empire without any material center. At the same time, their revolutionary commitments to transformation from below refuses to engage the complexities of agency and organization. In the end we are, disappointingly, left with a virtual empire confronting a virtual proletariat

Maria Turchetto, The Empire strikes again.

This article puts forward a sharp critique of Hardt and Negri’s Empire. Despite the book’s « post-modern » apparel, what it actually proposes is a pairing of two teleological « grand narratives». The first of these is a history of western political thought which is basically an apologia for the American constitution, whose ultimate manifestation is this hypothetical empire, the contemporary guise of an elusive political power. As for the second narrative, it sketches a history of capitalism which, by way of its incarnations in the figures of the « professional worker » and the « mass worker », at last arrives at the figures of the « social worker » and the multitude, the latter being the -equally elusive- figure in a rather curious version of French communism. Faced with an epoch marked by a series of transformations requiring the most rigorous examination, telling such « stories » is a futile exercise.